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Les Touaregs rejettent les accords d'Alger
samedi 28 février 2015
par Masin
Que peut-on attendre d’un accord concocté par l’Etat algérien si ce n’est un énième plan de pacification des Touaregs, en vue de leur domestication et soumission à l’Etat malien qui saura poursuivre sa politique raciste visant l’éradication des Touaregs ?
Est-il vraiment possible de s’attendre à un accord digne de ce nom lorsque ce sont les algériens qui assurent la médiation et qui prennent en main l’organisation des pourparlers ? Si Alger a tout fait pour se saisir du dossier et "imposer" sa médiation pour organiser des négociations en vue d’un accord entre le gouvernement malien et le MNLA, c’est dans le seul but d’empêcher toute solution pouvant aller dans le sens d’une véritable résolution du problème qui oppose les Touaregs à l’Etat malien. C’est principalement dans le but d’empêcher la libération du territoire de l’Azawad.



Cette mascarade née à Alger et qui propose la paix entre l’Etat malien et l’Azawad était prévisible. L’erreur était d’aller à Alger et accepter la médiation d’un Etat anti-touareg – car anti-amazigh. Non seulement cet Etat a fait preuve de son hostilité à tout ce qui est amazigh et ne cache pas sa politique d’éradication de l’Amazighité, mais il a eu, par le passé, à assurer la médiation entre les mouvements touaregs et les Etats avec lesquels ils sont entrés en guerre, notamment le Mali et le Niger [1].
Ainsi, suite à un an d’efforts soutenus, et au terme de plusieurs mois de négociations animées par les autorités algériennes, le 19 février 2015 un document intitulé "Déclaration des parties au Processus de paix d’Alger" a été signé à Alger par le gouvernement malien d’un côté et le MNLA ainsi que ses alliés de l’autre côté. Il faut signaler la présence à ces négociations des milices gouvernementales qui faussent complètement la portée des accords. [2] Le 25 février, la médiation algérienne aux pourparlers a présenté aux différentes parties un projet de trente pages intitulé "Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger".
Il n’est pas surprenant que les Maliens applaudissent le projet de leurs amis algériens qu’ils qualifient d’un "document qui représente un véritable compromis et une chance pour le Mali". Ils ont même fait savoir leur souhait de voir cet accord signé au plus vite afin de tourner la page et reprendre le contrôle du territoire de l’Azawad. En effet, les Algériens prévoient une cérémonie de signature et de paraphe des accords le dimanche 1er mars 2015 à Alger. Mais si l’Etat malien et les milices gouvernementales créées pour contrer le MNLA ont d’ores et déjà fait savoir leur volonté de signer les accords ce dimanche 1er mars, rien n’est sûr du côté du MNLA et ses alliés. En tous cas, une éventuelle participation du MNLA à cette cérémonie le conduirait à son suicide puisque les populations touarègues ont exprimé leur rejet de cette mascarade algérienne présentée comme projet d’accord pour la paix.

A Kidal, des centaines de manifestants sont sortis dans les rues samedi 28 février et comptent poursuivre le mouvement le dimanche 1er mars pour dénoncer ce projet d’accord dans lequel ils ne se reconnaissent pas dans la mesure où il "ne répond pas aux aspirations du peuple de l’Azawad". La population met en garde les négociateurs au nom de l’Azawd de toute signature du texte tel qu’il est présenté par Alger. Un exemplaire du projet d’accord d’Alger a été même brûlé publiquement.

Manifestation à Kidal, le 28 février 2015



RFI fait état de manifestations notamment à Kidal, Ber et Ménaka où les manifestants demandent à leurs représentants partis à Alger de rentrer sans signer un texte qui ne correspond pas à leurs attentes. "Nous sommes venus manifester, car nous rejetons le projet d’accord qui est en train d’être signé à Alger parce qu’il n’y a pas de fédéralisme, explique à RFI un habitant de Kidal. On a reconnu le nom l’Azawad, mais en tant que simple nom. Notre révolution a commencé par l’indépendance de l’Azawad et on nous a demandé de renoncer à l’indépendance et maintenant qu’il n’y a pas de fédéralisme, nous ne signerons pas d’accord. Nous demandons à notre délégation à Alger de rentrer et de ne rien signer." "Ce texte ne parle ni de fédéralisme ni d’autonomie, déplore un autre joint au téléphone, il n’y a que le Mali que ça arrange !" "Il ne faut pas accepter cet accord, il faut trouver une meilleure solution, clame cet autre manifestant, nos représentants doivent quitter les négociations, ils doivent partir d’Alger et rentrer à Kidal. » « L’Algérie veut nous tordre le bras,poursuit ce militant du MNLA, l’Algérie veut coûte que coûte valider son accord".

Dans la région de Timbuktu (Tombouctou), dans le sud-ouest de l’Azawad, ce sont près de deux cents personnes (chefs de villages, chefs de fractions, leaders d’opinion et cadres de l’Azawad) qui ont signé une déclaration en date du 28 février 2015 par laquelle ils ont fait savoir leur volonté d’œuvrer pour la sauvegarde des acquis de leur Révolution, rejetant ainsi le texte d’Alger dont ils ne se reconnaissent pas. Pour eux, l’Etat algérien qui n’a pas su garantir la mise en œuvre des accords antérieurs [3]ne saurait être garant d’accords crédibles aujourd’hui. Ils estiment que le Mali a fait preuve d’incapacité à construire une nation plurielle. C’est, entre autre, pourquoi ils s’opposent fermement à l’accord proposé par la médiation à Alger en date du 25 février 2015. Dans leur déclaration, ils informent la médiation et la communauté internationale qu’"aucun accord ne saurait être durable a fortiori définitif sans traiter la question de l’Azawad dans toute sa profondeur, et cela passe par l’acceptation sincère d’une réalité politique qui s’impose à savoir : le statut politico-juridique de l’Azawad pour mettre le destin des Azawadiens entre leurs mains, car ils représentent le seul rempart contre le terrorisme et donc la seule et unique solution pour la stabilité du sahel."

A Kidal, les manifestants ont brûlé le projet d’accord d’Alger.


Cette position des populations civiles est largement partagées par les combattants touaregs qui ne sont pas prêts à suivre des dirigeants politiques prêts à brader un combat pour la Liberté chèrement payé.

Les manifestations et différentes réactions des Touaregs sur le terrain rassurent celles et ceux qui ont cru et continuent à croire au projet de libération de l’Azawad, et nous continuons à nourrir l’espoir que l’étau se resserre de plus en plus autour des candidats à la corruption, de ceux qui sont prêts à brader le pays à ses ennemis. Personne ne peut parler au nom de l’Azawad s’il n’exprime pas les aspirations des populations.

Que cette détermination populaire des Touaregs se poursuive ; elle finira certainement par payer.


Masin Ferkal.

Télécharger le projet d’accord présenté par Alger aux parties concernées.
PDF - 269 ko

Notes

[1Il est utile de rappeler que les Touaregs, depuis 1963, sont entrés en conflits armés avec aussi bien le Mali que le Niger. En effet, si les Touaregs sont aujourd’hui en conflit avec l’Etat malien, ce n’est pas pour autant que les Touaregs qui subissent l’Etat nigérien sont en paix. Ils subissent injustices et humiliations sans parler de l’"empoisonnement" auquel ils sont exposés notamment dans la région d’Arlit, lequel "empoisonnement" dont la France est responsable.

[2Des milices qui soutiennent le gouvernement malien et qui sont hostiles aux positions et revendications du MNLA ont été associées à ces négociations. Ce qui est un non-sens, bien entendu. Mais venant des Algériens, rien n’est étonnant ; cela ne peut que conforter l’idée du manque de crédibilité de pourparlers menés par Alger et donne une idée des véritables intentions de cet Etat.

[3Alger a assuré la médiation entre les Touaregs et les Etats du Mali et du Niger lors des conflits armés qui avaient opposés les Touaregs à ces Etats durant les années 1990 et 2000.

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2 Messages

  • Les Touaregs rejettent les accords d’Alger 1er mars 2015 11:02, par Mohamed EL BAKI
    Le Gouvernement de l’Algérie ( en tout cas un grand nombre de politiciens) cherchent toujours à faire vivre des tentions entre les différentes éthnies,populations et peuples.Il y a les problèmes soulevés par le POLISARIO entretenbu et armé par l’Algérie et bien entendu cette " médiation" entre les Touaregs,le Niger et le Mali... Les politiciens algériens ne cessent de mettre de l’huile sur le feu à tous les flancs... attention danger dis-je encore. Les politiciens de ce gouvernement d’Algérie oublient l’Histoire de notre Afrique du Nord et de notre continent l’Afrique.Ils oublient aussi les réalités de notre très grande diversité et des conséquences des découpages frontaliers imposés par les pays colonialistes de l’Afrique. Il serait temps que la sagesse,la bonne compréhension et la cohésion reprennent leurs droits.Et nous faisons la part des choses : le peuple algérien n’a rien à voir avec les turpitudes de ces gouvernants. "Il n’est de mal plus incurable que l’ignorance dit un proverbe bien de chez nous. Mohamed EL BAKI,retraité SNCF.Militant politique,syndicaliste et associatif. France,Haute-Savoie : 01 mars 2015.

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  • Les Touaregs rejettent les accords d’Alger 4 mars 2015 11:43, par Nostradamus de T O

    Si l’Algérie ne fut jamais française, car nos ancêtres ne furent aucunement les gaulois,

    Par quel prodige donc l’Azawad serait malien, la Kabylie algérienne, le Rif marocain.

    L’Algérie, pays créé de toutes pièces est très mal placée pour jouer les arbitres de bas étages.

    repondre message

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