Faudrait-il rappeler que les Îles Canaries, cette partie de Tamazgha, est aujourd’hui une colonie espagnole. L’une des revendications des manifestants étant justement la décolonisation de cet Archipel amazigh.
L’ensemble des dirigeants des différentes organisations indépendantistes, basées dans les sept îles de l’archipel, se sont rendus à cette manifestation qu’ils ont voulue unitaire autour d’un seul et même mot d’ordre : "unité de la nation canarienne pour accéder à son indépendance". Le dirigeant historique du mouvement indépendantiste canarien, Antonio Cubillo, était présent à a la manifestation ; à ses côtés il y avait le président du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie, Ferhat Mehenni.
[|Le leader indépendantiste historique, Antonio Cubillo|]
La manifestation a été l’occasion pour rendre public "Le manifeste pour la l’indépendance et la souveraineté de l’archipel canarien". Ce manifeste donne, entre autre, les différentes raisons qui justifient la nécessité de l’indépendance de l’archipel : raisons sociales, économiques, culturelles, historiques et politiques.
Ainsi, les rédacteurs du manifeste estiment que la libération nationale est l’une des conditions pour la réconciliation nationale des Canariens. Actuellement, l’archipel traverse une crise économique qui le menace. En effet, vu les conditions qui lui sont imposées, les jeunes canariens ont du mal à s’inscrire dans des perspectives d’avenir cherchant ainsi la facilité qui s’exprime souvent par l’engagement dans les différents corps de l’armée espagnole. Aujourd’hui, 27 % de la population canarienne est au chômage, les salaires sont les plus bas de l’ensemble des territoires sous domination espagnole, alors que les prix notamment des produits alimentaires pratiqués sur l’archipel sont les plus élevés.
Aussi, l’hispanisation et le développement du capitalisme, favorable à l’homogénéisation culturelle, ont conduit à la paupérisation culturelle des îles Canaries. C’est pourquoi les indépendantistes canariens revendiquent leur identité amazighe considérée comme étant la colonne vertébrale de l’archipel.
Bien que Franco soit mort, mais le franquisme continue de sévir sur les îles amazighes. A titre d’exemple, le processus d’autonomie des régions, instauré par la monarchie espagnole, s’est fait aux Canaries sans référendum. De plus, l’autonomie mise en place aux Canaries est une autonomie bien contrôlée par l’Etat espagnol ; les prérogatives accordées aux institutions locales sont en effet très limitées. Ceci dit l’autonomie ne convient pas aux indépendantistes canariens qui ne voient que l’indépendance comme solution à leur pays.
Peut-on dire aujourd’hui que le vent de la liberté et de l’indépendance a soufflé sur les Îles Canaries ? La manifestation du 24 octobre marquera-t-elle un tournant dans l’histoire des Canaries, mais aussi de l’ensemble de Tamazgha.
Si l’archipel canarien accède à son indépendance, le premier Etat amazigh verra ainsi le jour, ce qui ne sera pas sans conséquences positives sur l’ensemble de Tamazgha. Assisterons-nous ainsi à la naissance de la conscience nationale amazighe et du sentiment d’une véritable liberté et indépendance à travers l’ensemble des régions de Tamazgha. Cette conscience nationale si nécessaire afin qu’Imazighen puissent retrouver le chemin du combat pour la libération nationale, seule voie pour que notre pays, Tamazgha, soit réconcilié avec son histoire et son identité. C’est ainsi que l’on pourra enfin se débarrasser de l’obscurantisme qui s’est abattu sur le pays depuis des siècles, et notamment de l’arabo-islamisme synonyme de l’éradication de l’amazighité. C’est pourquoi aujourd’hui l’ensemble de la militance amazighe à travers la planète doit soutenir activement les Canariens dans leur démarche pour l’accès à leur indépendance.
Masin Ferkal.
Entretien avec Antonio Cubillo
[|Reportage photos |]






