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Affaires algériennes
A qui le tour ? À vous, monsieur Rebrab !
lundi 4 juillet 2016
par Masin

Dans une tribune envoyée à la presse, l’avocat de l’entrepreneur algérien pose la question pour nous embarrasser et que l’on prenne position. Si les actes d’une dictature militaire sont toujours à combattre, je ne laisserai jamais mon esprit perdre son discernement afin de juger par mes propres opinions.

* * *


La liberté de la presse est menacée ou, plutôt, n’a jamais cessé de l’être. Le régime de Said Bouteflika est dans une fuite en avant dramatique pour lui, pas pour nous car nous ressentons bien sa chute imminente. Des journaux sont encerclés, d’autres sont intimidés et les incarcérations pleuvent aujourd’hui comme elles ne l’ont jamais été depuis un moment.

Rien de nouveau et nous ne pouvons que répéter à ceux qui ont participé aux élections et porté ce régime là où il est, avec des youyous et des manifestations grandioses d’accueil de l’éternel dictateur,
qu’ils ont eu ce qu’ils ont demandé, de quoi se plaignent-ils ?

Voilà qu’un milliardaire se trouve en conflit avec un régime militaire qui l’a fait milliardaire, qu’avons-nous à avoir dans cette histoire ? Certes, les intimidations et les interventions sont probablement scandaleuses. Certes, le droit est, à première vue, toujours du côté de celui qui subît les menaces d’un pouvoir militaire.

Devons-nous le soutenir dans sa démarche ? Les éléments fournis dans la presse nous pousseraient, à première vue, à l’affirmative. Et de toute façon, j’aurais toujours ce penchant naturel d’être aux côtés de la presse, même si El Moudjahid ou Le soir d’Algérie venaient à être inquiétés. La démocratie, c’est très difficile et il faut accepter de ravaler des couleuvres pour le bien de son idéal, bien plus éminent.

Cependant, une fois les choses dites, nous ne perdons pas le Nord et serions bien curieux de savoir d’où provient cette fortune. Je ne connais pas ce monsieur, juste le temps de me retourner dans un exil lointain et voilà que j’apprends la fortune colossale d’un citoyen algérien. Ce sont des activités légales me dit-on, l’homme est entreprenant et perspicace, sa fortune a été faite dans les règles de l’art dont il a magnifiquement joué. Tout est légal, circulez, il n’y a rien à voir, le méchant est la dictature militaire.

Oui, certainement que la dictature militaire y est pour quelque chose, je n’y reviendrai pas. Mais allons au-delà de tout cela. Le montant supposé en milliards possédé par l’homme me pose un gros souci de compréhension. Je n’ai peut-être pas les compétences d’un entrepreneur milliardaire mais
j’ai tout de même une capacité de raisonnement intacte et, surtout, libre.

Mon premier questionnement est de savoir comment un homme seul dans un pays de loups financiers, de par ses seules compétences, a pu en arriver à ce point ? Moi, je suis assez naïf et incompétent mais il m’avait semblé que pour la moindre affaire, le moindre milliard exporté, le
contrôle par la puissance militaire et les corrompus civils était des plus féroces. A une époque où l’Algérie ouvrait ses marchés à la libre concurrence et ne se risquait pas aux aventures économiques
solitaires, comment a-t-il pu parvenir à amasser une telle fortune ?

La question n’est ni polémique ni diffamatoire puisqu’elle n’est en aucun cas une affirmation. L’état du droit algérien ainsi que l’explosion des affaires de corruption posent un questionnement qui est légitime. Monsieur Rebrab serait l’homme le plus honnête du monde que je n’en affirmerais
aucunement le contraire.

Mais continuons le questionnement intrigant. On dit que la fortune n’est pas seulement en dinars algériens, ce qui pourrait encore se justifier, mais en devises. Alors là, je me gratte la tête et me dis que je suis vraiment incompétent et ne connais rien aux affaires financières ni au droit. J’ai lu et relu mille fois les textes de droit de la dictature algérienne, à aucun moment je n’y ai lu une quelconque possibilité de rapatrier légalement à l’étranger les sommes acquises sur les transactions du marché algérien.

Il était résident à l’étranger lorsque le capital s’est amassé ? Tiens donc, avec l’extraordinaire verrouillage des conditions d’appel d’offres, la concurrence internationale sévère et les généraux aux
portes de la douane financière, on peut en arriver à ces montants ? Décidément, l’homme est l’entrepreneur le plus extraordinaire du monde. Il s’est joué de toutes les difficultés, sans l’appui de quiconque, chapeau bas.

Et combien même, si toute cette fortune a été acquise dans la pure légalité des textes (malgré le questionnement troublant sur cette possibilité), il reste encore un autre point à aborder. Et là, je ne
plaisante plus car c’est le militant des années quatre-vingt-dix qui ressort sa colère et son mépris pour ceux qui font de l’agent avec les dictatures. Ce n’est plus un questionnement mais une affirmation des plus tranchées.

Pendant que nous nous acharnions à combattre pour l’établissement de la démocratie, pendant que la population algérienne souffrait d’une paupérisation des plus navrantes, pendant que l’éducation et la prise de conscience étaient absolument indispensables à ce pays, l’unique apport à la nation de ce monsieur a été de cumuler un capital aussi indu que tout à fait étonnant, avec une dictature militaire.

Non, même le droit ne justifie pas tout. Lorsqu’on a fait une immense fortune avec un régime qui assassine, incarcère et bafoue toutes les règles du droit et de la démocratie, je ne suis pas du tout enclin à signer les pétitions pour ce pauvre monsieur. A qui le tour ? Nous dit son avocat. Mais le nôtre est passé, maître, nous avons payé de la perte du pays qui nous a vu naître. Que peut-on payer d’autre ?

Pour l’affaire d’El Khabar, je renvoie votre client à ceux qui l’ont enrichi, pourquoi venez-vous nous importuner avec votre menace. Ils sauront trouver un terrain d’entente et une sortie de crise. Les négociations féroces, les contrats et les avocats d’affaires, c’est ce qui est de la compétence de votre client, non ? Il trouvera bien un moyen de s’en sortir tout seul. La dictature militaire, il s’y est confronté avec compétence et génie, nul doute qu’il en a une expérience solide.

Que tout le monde vous soutienne et vous sacralise comme les combattants actuels de la lutte contre la dictature. Je ne serai pas au rendez-vous car cet argent, même légal, est celui de l’écolier, du petit fonctionnaire, de l’handicapé sans ressources, des mères isolées et de bien d’autres.

Votre combat n’est pas le mien car je n’ai aucune dévotion envers ceux qui font fortune lorsque l’époque est au sang, à la misère et à la corruption. Même sous le sceau de la légalité… d’une dictature
militaire.


SID LAKHDAR Boumédiene,
Enseignant.

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3 Messages

  • A qui le tour ? À vous, monsieur Rebrab ! 5 juillet 14:28, par La Mécréante !

    @l’auteur

    salut,

    pour que nous puissions comprendre votre propos, il faudrait rendre publique cette "tribune envoyée à la presse".

    Le monde entier connaît le parcours de Rebrab ; que veut cet Avocat ?

    Qu’est-ce qui vous rend si amer ? Rebrab vous a volé quelque chose ?

    à part ça, pour moi, Rebrab est un kabyle qui a posé son Q entre deux chaises... (et dans ce cas on finit toujours par tomber).

    repondre message

  • A qui le tour ? À vous, monsieur Rebrab ! 6 juillet 17:30, par nath amruc

    lui au moins a eu le mérite d’investir dans son pays et donner du travail a des milliers de ses compatriotes,et on ne peut dire autant de ceux qui cachent leurs indus a panama pepers et a dubai !
    et de tous les milliardaires algériens,tous des voleurs,il n’a que reb reb qui a attiré votre attention,s’agit il que pcq

    et la prochaine fois parlez nous aussi bill gates !

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  • A qui le tour ? À vous, monsieur Rebrab ! 16 septembre 19:20, par Chaavène

    @ SID LAKHDAR Boumédiene

    J’aimerais bien moi aussi comprendre de quoi il retourne. En vous lisant (et relisant)vous semblez sous-entendre que Monsieur Rebrab a bâti une fortune colossale et mal acquise. Pourquoi précisément, selon vous ?
    En quoi ce brave entrepreneur, qui, a priori, ne fait pas partie du sérail de la mafia ni de celui des généraux, serait-il blâmable d’avoir réussi en affaires ? Expliquez-vous, expliquez-nous.

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