« Ils buvaient du café en exterminant les pauvres gens »
4 mai 2026
Les opérations punitives de la junte malienne
À Kidal, les jeunes combattants touareg qui pénètrent le 26 avril 2026 dans le centre de drones abandonné par les Russes de l’Africa Corps et les Forces Armées Maliennes (FAMA) découvrent avec stupéfaction que les militaires qui visaient les civils et les exterminaient buvaient en même temps du café.
De ces tasses abandonnées, jaillit le détachement d’un tueur qui sur son écran cible froidement des campements ou des maisons de civils où vivent des êtres humains modestes avec leur petit bétail. Ces traces racontent l’anéantissement, par une opération mécanique, technique, insensible, de ces familles nomades ou villageoises parmi les plus pauvres, les plus démunies du désert, qui n’avaient pas les moyens de fuir les lieux, cibles faciles brulées en une seconde avec un engin piloté d’une main tandis que de l’autre, l’assassin boit du café.

Les récentes offensives des indépendantistes du FLA, Front de Libération de l’Azawad, et des islamistes du JNIM, Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, ont débuté le 25 avril 2026. Ces attaques contre les positions militaires de la junte malienne et de ses alliés russes (Africa Corps) ont été menées à la fois dans le nord et dans le sud du Mali. La coordination stratégique de ces groupes armés, se déclarant les uns indépendantistes, les autres jihadistes, s’avère efficace. Elle ne cesse d’intriguer les observateurs extérieurs qui s’étonnent de l’organisation efficiente mise en œuvre à cette occasion, cherchant un cerveau nécessairement extérieur à ces plans d’attaque. Ce faisant, les « experts », une fois de plus, reconduisent fidèlement tous les préjugés coloniaux sur le monde nomade qui par essence serait incapable d’imaginer et d’exécuter un tel plan. Si tel était le cas, on se demande bien comment les Sahariens ont pu gérer leurs caravanes au très long cours et les ressources éparses de leurs territoires dans les immensités du désert.
L’association de circonstances entre les deux camps – indépendantistes et jihadistes qui dans le passé se sont plusieurs fois affrontés – est jugée « contre-nature » par les uns, sensibles aux projets distincts de ces mouvements. D’autres reconduisent l’amalgame qui qualifie les deux courants de « terroristes », selon l’anathème commode qui donne au pouvoir le droit de tuer tout élément de la population jugé contestataire. Suivant cette logique, la junte malienne a multiplié sans limites le nombre de prétendus « terroristes », lui servant à criminaliser les indépendantistes, les communautés dont ils sont issus, les journalistes, les juges, les militants politiques d’opposition, les syndicalistes, les membres des réseaux associatifs ou des organisations non gouvernementales, et toute personne osant critiquer le pouvoir...
C’est dans ce contexte que les récentes attaques dont l’objectif premier est de renverser les putschistes maliens ont suscité les indignations et les condamnations de la communauté internationale et de représentants d’États variés. Dans ces déclarations, la junte raciste et génocidaire qui depuis trois ans sévit au Mali et crée la terreur en ciblant particulièrement les civils à teint clair (Touaregs, Maures) et plus largement les nomades (Peuls), semble recouvrer brusquement une fonction de stabilisation régionale. Or, c’est la politique obtus des militaires putschistes dont l’unique perspective est d’exterminer ou de faire fuir les populations nomades du nord et du centre, qui est en train de faire imploser l’État malien. L’enfant qui a vu ses parents torturés, tués et découpés en morceaux sous ses yeux par l’armée malienne et l’Africa Corps n’a plus d’autre choix que de se révolter en s’engageant dans un des groupes armés qui luttent contre ce régime génocidaire. Un régime d’injustice et de terreur qui a transformé le désir de vie de toute une jeunesse à l’âme meurtrie en désir de mort pour une paix à chercher ailleurs que dans ce bas monde.
Pendant les massacres, tortures inhumaines, rapines et destructions exercées contre les civils par les militaires maliens et la milice russe, l’Organisation des Nations Unies par la voix de son représentant s’était dite « préoccupée ». Quand les opprimés se soulèvent, le même organisme condamne la violence et « appelle à un soutien international coordonné pour faire face à la menace croissante de l’extrémisme violent et du terrorisme au Sahel », demandant finalement le retour à l’ordre. De quel ordre s’agit-il ? Celui de la junte qui a cassé les Accords d’Alger de 2015 ? La junte qui viole tous les jours les droits de l’Homme ? Qui ne compte que sur la violence pour en finir avec des communautés qui réclament leurs droits légitimes pour vivre en paix chez elles sur leurs terres – des terres convoitées internationalement pour leurs richesses souterraines ? La junte qui ne s’attaque qu’aux civils vulnérables et qui fuit face aux groupes armés ? Qui a dissous les partis politiques, a fait disparaître les opposants, a interdit tous les organismes d’aide à la population, a emprisonné les journalistes et les voix discordantes. Bref, une dictature sanglante incarnée par des chefs aux ventres proéminents, aux silhouettes qui en trois ans ont enflé de façon obscène, aux regards ronds et fixes et à l’élocution difficile.
Suite aux attaques des 25 et 26 avril, les habituels lynchages d’innocents à teint clair ont commencé. Des atrocités répétitives qui s’exercent à chaque soulèvement contre des régimes abusifs depuis plus de cinq décennies (voir à ce sujet les témoignages des années 1990 in Touaregs. Voix solitaires sous l’horizon confisqué, pp. 89-115). Une foule ivre de la propagande haineuse diffusée par les autorités maliennes s’est à nouveau déchainée à Bamako, tuant et s’acharnant de manière bestiale sur des cadavres d’adultes et d’enfants maigres à teint clair. Les bourreaux ont publié eux-mêmes des vidéos montrant la bassesse abjecte de leurs méfaits racistes. On en arrive à un point de férocité déshumanisante si terrible que les assassins eux-mêmes produisent fièrement la preuve de leurs crimes hideux contre l’humanité. Notons que certains sages à Bamako ont réussi à arrêter d’autres massacres en préparation. Des personnes qui dans le désastre ambiant apportent une lueur d’humanité car, contrairement à la junte, elles savent bien que le vivre-ensemble ne se reconstruit jamais par la violence, le mépris et la volonté d’exterminer l’autre.
Résoudre politiquement ces fractures sociales si profondes, transformées systématiquement par les autorités nationales et internationales en guerre de races, de religion ou de modes de vie, nécessiterait une véritable révolution de la pensée politique et économique régionale. Cela exigerait un changement de modèle étatique, loin du cap toujours maintenu par les dirigeants de ces États, héritiers directs de la colonisation et de son modèle étatique vertical, autoritaire et centralisé, avec un personnel formé dans, par et pour satisfaire les intérêts coloniaux au prix de prébendes et d’avantages personnels, un processus qui a inscrit la corruption au sein du système.
Pour finir, la junte du Niger en solidarité avec la junte du Mali a pris une nouvelle mesure, s’ajoutant aux bombardements effectués sur l’Azawad et qui ont à nouveau tué des civils, initiative dont la pertinence est laissée à l’appréciation des lecteurs :
« Les Nigériens sont invités à observer un jour de jeûne national le lundi 4 mai 2026. Pendant cette journée, des prières seront effectuées pour soutenir les forces armées de l’Alliance des États du Sahel engagées contre le terrorisme. » (Afrique 7sur7, 2 mai 2026)
Wanek Tellent
4 mai 2026
Ces vidéos montrant la bassesse abjecte de méfaits racistes ont été mises en ligne par les auteurs mêmes de ces actes barbares


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