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A qui profite la légitimation des régimes anti-amazighs en Afrique du Nord ?
lundi 21 décembre 2009
par Masin
Les multiples visites effectuées en Libye par des représentants d’une soi-disant organisation qui prétend défendre les droits du peuple amazigh ne font pas l’unanimité au sein du Mouvement amazigh, notamment à Tamazgha occidentale. Alors que certains critiquent l’organisation en question, qualifiant son président de "traître", d’autres soulignent que les critiques visent à affaiblir l’organisation qui a "réussi à faire connaître la cause amazighe à l’échelle internationale". Lumière sur une polémique.

Kadhafi, "l’exemple"

Une vidéo, en noir et blanc, datée du 6 novembre 2005, circule depuis quelques mois sur Internet. On y découvre un petit homme moustachu assis dans un fauteuil. A la télévision libyenne, il déclare qu’il est "honoré" d’avoir rencontré "le guide de la révolution". "Je suis très content d’être ici en Libye pour la première fois", a-t-il affirmé, indiquant que cette rencontre "est une occasion historique et extraordinaire". Il ajoute qu’il était "impressionné" par "le guide" alors qu’il était "petit" : il voyait en lui un "exemple de lutte contre l’impérialisme et la colonisation". Il rend hommage aussi aux "positions" de cet "homme de droit", "simple" qui fait le bonheur du peuple libyen. Le petit homme s’appelle Lounès Belkacem. En août dernier, il a à nouveau rencontré sa nouvelle idole à Tripoli.

Un dictateur sanguinaire

Kadhafi "l’exemple" a du sang amazigh sur les mains. Il a broyé les vies de milliers de familles amazighes. La terreur aveugle ponctue depuis des décennies la vie des militants de la cause amazighe contraints à l’exil. Son régime a tué, a mutilé et a exécuté des centaines de militants. Durant les années 1970, le régime libyen a assassiné Ali Yaya Maamar, écrivain, et le Docteur Omar Nami, professeur à l’université de Tripoli. Leur crime était d’oser défendre l’identité amazighe.
En 1979, le penseur, poète et écrivain amazigh Saïd Sifaw Mahroug a fait objet d’une tentative d’assassinat. Handicapé à vie, il continuera son combat pour la dignité jusqu’à sa mort en 1994 à Djerba (Tunisie). La barbarie atteint son paroxysme en 1984 avec la pondaison publique de plusieurs étudiants amazighs dans le campus de l’université de Tripoli. En 1985, le même sort a été réservé à Ferhat Ammar Hleb, un jeune amazigh revenu au pays au terme d’études effectuées aux Etats Unis. Il a été pendu sur une place publique à Zouara au cœur du pays amazigh. Ferhat était connu pour ses positions favorables à l’identité amazighe.
Certains des plus "chanceux" parmi militants, qui ont réussi à fuir le pays, ont été rattrapés par les services secrets de Kadhafi et assassinés. C’est ainsi que le 26 juin 1987, Youssef Salah Kherbich a été tué à Rome (Italie). Ces crimes macabres sont légitimés au nom d’une idéologie barbare, raciste et impérialiste : l’arabo-islamisme.
Voilà ainsi tracé un tableau de l’homme juste et défenseur de la liberté.

La récidive

Le 19 août dernier, Lounès Belkacem, invité par Seif El-Islam Kadhafi, fils du dictateur, s’était rendu à Tripoli à la tête d’une délégation pour assister à la fête nationale de la jeunesse libyenne. D’après un communiqué publié sur le site de l’organisation qu’il préside, la délégation avait "participé à plusieurs séances de travail avec les membres du bureau exécutif de Kaddafi International Foundation". "Parmi les sujets examinés et sur lesquels les deux organisations pourraient coopérer dans l’avenir, figurent la décolonisation des derniers territoires colonisés en Afrique du Nord (…) la protection et la promotion des patrimoines locaux, l’union des pays et des peuples d’Afrique du Nord et Sahara, dans le respect de leur diversité, la réaffirmation des droits économiques, sociaux, culturels et linguistiques des peuples d’Afrique du Nord et Sahara, sans aucune discrimination". Les deux parties auraient également traité de "la situation de déni qui frappe la question amazighe en Libye et ont souligné les obstacles, les interdits, les discriminations et parfois même la violence exercés à l’encontre des militants et des citoyens amazighs. L’agression des membres libyens du CMA en décembre 2008 dernier et le cas des exilés politiques amazighs ont également été soumis au président de la Kaddafi International Foundation". ’Au cours de son séjour en Libye, la délégation du CMA a également rencontré différents représentants du mouvement culturel amazigh. Les débats ont notamment porté sur les atteintes aux droits et aux libertés des Amazighs de ce pays et sur les revendications notamment culturelles et linguistiques que l’Etat libyen est appelé à satisfaire’, indique par ailleurs le communiqué.

Colère

La nouvelle visite a suscité une large colère dans les milieux amazighs, notamment à Tamazgha occidentale. Un communiqué rendu public par des "activistes du mouvement amazigh marocain" révèle que cette rencontre a coïncidé avec une campagne d’arrestations qui avait visé plusieurs militants de la cause amazighe à Kebaw, accusés d’avoir distribué des documents écrits en tamazight. Le communiqué précise que "les mêmes éléments" qui s’étaient rendus en Libye en 2005 avaient décidé d’organiser en juin dernier une conférence à Rabat sur "l’arabité de l’Afrique du Nord" en coordination avec l’ambassade libyenne à Rabat. La représentation diplomatique avait été forcée d’annuler cette conférence par la suite. Il ajoute que "le colonel était intervenu personnellement pour exiger des autorités marocaines l’interdiction d’une activité portant sur la présentation du livre noir" détaillant les crimes commis par le régime libyen contre le peuple amazigh. Le "guide de la révolution" aurait affirmé que "cette activité menace les intérêts de la Libye". Prévue le 18 juin dernier, cette conférence avait été interdite par les autorités marocaines.
Le communiqué qualifie les membres de la délégation d’"espions" et de "traîtres à la cause amazighe", appelant les associations amazighes à rejeter "le mercenaire Lounès Belkacem et ses compagnons".

Des "visas" promis pour l’Europe

De son côté, Mohamed Ajghough, le président de la coordination Amyafa des associations amazighes au Moyen Atlas et l’un des membres du conseil fédéral de la soi-disant organisation, affirme dans une "lettre" à l’adresse de Lounès Belkacem et de Khalid Zirari que les deux hommes lui avaient promis "quatre visas pour l’Europe" au profit des membres de son association en contrepartie de leur participation au "congrès de Meknès". Il rappelle que les deux hommes n’avaient pas honoré leur engagement, une année après cette promesse. Il interroge par ailleurs Belkacem et Zirari à propos d’une somme de "100 000 euros" que chacun d’eux aurait reçu "de la part de Seif Al-islam Kadhafi lors de la dernière visite en Libye". "Ces fonds seront-ils intégrés dans le budget du congrès ou dans leurs propres comptes ?", se questionne Ajghough. Ce dernier ne tarde pas toutefois à renier la paternité de la "lettre" en question.
Il est d’ailleurs connu que plusieurs délégués d’associations basées en Afrique du Nord profitent des rencontres de cette soi-disant organisation pour obtenir des visas pour l’Europe, ce qui permet à certains d’en faire un fond de commerce.

"Mercenaires"

La visite effectuée en Libye n’avait pas fait que des détracteurs. Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Agraw Amazigh, Ali Khadaoui, ancien membre de l’IRCAM (Institut royal de la culture amazighe) estime que ces "critiques" visent à affaiblir l’organisation qui a "réussi à faire connaître la cause amazighe à l’échelle internationale". Il qualifie les détracteurs de Belkacem et de Zirari de "mercenaires". Il ajoute que l’organisation devrait discuter et nouer des contacts avec tous les régimes de l’Afrique du Nord. Khadaoui a par ailleurs appelé les associations à soutenir "cette jeune organisation".

Légitimation

Nous estimons que le fait d’accepter de "négocier" avec les régimes illégitimes qui ont usurpé le pouvoir à Tamazgha est inadmissible. Et le mouvement amazigh doit se dresser avec force contre ces régimes arabistes tristement célèbres afin de les extirper de la terre amazighe. "Discuter", c’est cautionner les crimes de ces régimes et leur accorder la légitimité tant recherchée. Discuter, c’est aussi une autre façon de participer à l’éradication de l’amazighité de l’Afrique du Nord. Mais parfois, ceux qui discutent ne sont que les acteurs d’une mise en scène où chacun doit jouer son rôle : eux, leur rôle est de faire croire à la "bonne volonté" des régimes et de donner ainsi de faux espoirs, et surtout que cela permet de neutraliser les initiatives indépendantes de celles et ceux qui ont compris que seule une rupture avec ces régimes pourra assurer le salut de Tamazgha.

Un peu d’histoire : une supercherie qui a presque bien réussi…

Lorsqu’on regarde un peu en arrière, on ne peut être étonnés de ce à quoi nous assistons aujourd’hui. Le Congrès mondial amazigh a été créé en 1995. Au delà des passerelles nécessaires à mettre entre les différentes composantes de Tamazgha, ses fondateurs l’avaient voulu une organisation qui puisse accompagner le peuple amazigh dans la reconquête de sa souveraineté. Mais très vite, les services des régimes en place en Afrique du Nord, notamment les algériens et marocains et dans une moindre mesure les libyens, ont réussi à déstabiliser l’organisation. Et faute de l’étouffer, ils ont fini par la récupérer. Un premier conflit a vu le jour au sein de l’organisation déjà en 1999 – si nous faisons abstraction de l’épisode de Tafira où les services avaient tout fait pour faire échouer le premier congrès. Quelques membres du Conseil fédéral, dont la plupart n’avaient aucune légitimité du fait qu’ils n’avaient pas été élus, avaient refusé de se soumettre à une décision de la majorité du Conseil et ont créé la scission au sein de l’organisation.
A l’époque, ceux qui se disputent aujourd’hui la légitimité étaient ensemble et avaient fait front contre des militants fondateurs du CMA. Le Tribunal de grande instance de Créteil avait suivi ces usurpateurs et avait rendu une décision en leur faveur. N’ayant pas envie de s’engouffrer dans les déboires des tribunaux, et ne voulant pas contribuer à enliser le mouvement amazigh dans des luttes stériles et nuisibles à la cause, les tenants de la légitimité, par ailleurs majoritaires, avaient décidé d’abandonner l’organisation qui est devenu, selon eux, une véritable supercherie. L’Association Tamazgha qui fait partie des organisations qui avaient défendu la légitimité au sein du CMA, a dénoncé, dans une déclaration datée du 28 décembre 2002 [1], "la confiscation du Congrès mondial amazigh (CMA) pour des intérêts occultes".
Depuis, la supercherie a fait du chemin.
Ceux qui parlent aujourd’hui du CMA connaissent-ils vraiment l’histoire de cette organisation ? Connaissent-ils vraiment ceux qui la dirigent aujourd’hui ? J’en doute.

Il faut se rendre à l’évidence. Le peuple amazigh doit cesser de cautionner les régimes arabo-musulmans en place en Afrique du Nord, car il accompagnerait sa propre disparition. Pour survivre, il s’agit de repenser nos méthodes de lutte face à ces régimes et ne pas laisser des pseudos militants, qui prennent des dictateurs pour "exemples", représenter Imazighen.

Lhoussain Azergui



Appréciez les louanges au dictateur de Tripoli !

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14 Messages

  • hallucinant ........no comment
  • A qui profite la légitimation des... ? aux dialoguistes ! 22 décembre 2009 06:23, par La Mécréante !

    "dialogue contre biftons", voilà. comme d’hab. On connaît. Heureusement qu’on s’en fiche de ces sacs de noeuds et noeuds de vipères.

    il n’y a qu’une manière de faire pour espérer "re-penser imazighen" : boycotter l’islam et la langue arabe ! rien d’autre !

    Mais ça... c’est pour quand les poules auront des dents !

    ici est l’avenir soumis.

    Salut à toi, cher Lahsen !

  • C’est incroyable !
    Quel culot et quelle honte que de faire autant de louanges pour un voyou comme qadhafi.
    Mais c’est qui ce Lounas ? D’où il sort ? Je connaissais pas le congres amazigh, mais là je n’ai vraiment pas envie de le connaitre. C’est pour ça que cette organisation n’est pas connue. Elle a tout l’air d’un satellite des régimes arabistes en afrique du nord.
    En tous cas cette vidéo est révélatrice de beaucoup de choses.

    Rachid - Agadir.

  • qaddafi yugar tiḥerci cciṭan, ulac akk wid i s-izemren deg umaḍal-agi, ula d Imarikaniyen knan-as, aεadi a nekkni s Imaziγen, neḍmeε niqalt a γ-id-tuγal tmurt-agi n Libya ! meqqar a tt-nekseb a γ-tefk tallelt deg umennuγ-nneγ, ziγen ffγent-aγ tirga mxalfa, ccah deg-neγ i mi ur neccfa ara γef umezruy n qaddafi anda i s-yenna : Imaziγen yeγli-d fell-asen uγurar yeqqimen timiḍi iseggasen armi nnegren akk ur d-yeggra yiwen, sakkin usan-d elberber ḥemddullah nekkni akk d elberber tura ! yelha ma mlallen akk Imaziγen ad mtawan γef wayen yelhan d wayen n diri, i wakken a d-afen abrid yessuffuγen, i mi deg tsertit ulac win ur n-cciḍ ara
    • Aytma imazighen n-tekmel Tamazgha.
      Nekni imazighen Llibya nebgha tilelli nebgha lhurma n-tmurt nnegh, maca
      llan atas n-izemzaken gar-ay-anegh d llanet tikerkas d wawal n-ih’uggaren.
      Imazighen ttun amazruy-nsen d assa llan s-2000 n-isuggasen d netnin saddu tamhersa n-Irumyen
      Iturkwiyen d Aàraben.
      Llan assa imazighen bghan a-nghen CMA , maca aytma mani tella tirukza ?
      Idelli ur nesàa ara, assa nqam Agraw Amazigh nnegh tebghim at-enghem, Hchouma afellawen.
      Lounes Belqacem yeddu Libya ar ay-zer aytmas, yila yebgha an-tyengh l’GEDDAFI ;
      D nekni imazighen , an-zer CCITAN S-IMAN-IS ar at-ugur tamazight nnegh lezzat lezzat aytma.
      Ur tella taluft aytma CMA tella, tella ghef iàdawen n-tmazight, ttamazight, tella talla, assa azekka
      g-Libya d kul TAMAZGHA.

      Tanemmirt n-Infousen.

  • azul felawen je pense que que BELKACEM LOUNIS est vrai politicien,il a reussi a faire admettre l’identité amazigh au peuple lybien,c’est l’essentiel. maintenant c’est aux peuples de tamazgha de continuer le combat identitaire et d’arracher des victoires pour gagner notre guerre de 2000 ans (dixit Kateb yacine) on perd des batailles (guerre punique,guerre du rif,printemps berbere,...etc),mais on perdra jamais la guerre. vive TAMAZGHA