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Dossier Tilelli (1994-2014)
Ali Harcherras : les associations amazighes doivent adapter leurs objectifs et leurs stratégies aux nouvelles donnes.
mercredi 30 avril 2014
par Yafelman
Ali Harcherras était président de l’association Tilelli au moment des arrestations. Il est enseignant à Tizi n Imnayen (Goulmima) où il vit toujours.

Les quatre détenus de Tilelli à leur libération, devant la prison d’Imteghren



Interview :

Tamazgha.fr : Comment s’était déroulé votre arrestation et pourquoi vous avez été arrêté ?

Ali Harcherras : Cela ressemblait plus à un kidnapping qu’à une arrestation. Des policiers en civil (puis d’autres en uniforme) étaient venus chez moi et m’ont enlevé plutôt qu’arrêté… Au commissariat, j’ai retrouvé mes amis Mbark Taous, Omar Derouich et Ahmed Kikich. Nous ne savions toujours pas pourquoi nous avions été arrêtés… On nous a vite transférés à Imteghren (Errachidia). Là, au Commissariat central, nous avons retrouvé d’autres amis : Ali Iken, Said Jaafar et Ali Ouchna. Mais on nous a interdit tout échange de paroles. Nous ne pouvions même pas nous dire bonjour… Ce n’est que plusieurs heures plus tard, lorsqu’ils ont commencé les interrogatoires que j’ai compris la raison de notre arrestation : on nous a arrêtés pour avoir participé au défilé du premier mai à Imteghren et pour avoir scandé des slogans portant atteinte à la sureté de l’Etat ! Du n’importe quoi ! D’abord parmi les sept personnes arrêtées, deux n’avaient aucunement participé à la manifestation. Ensuite, les slogans que nous avons scandés en 1994 étaient les mêmes qu’en 1993, 1992… J’en ai alors vite déduit que tout cela n’était qu’un scénario tissé par des mains invisibles qui avaient des buts que nous étions incapables (en tout cas que moi j’étais incapable) de comprendre encore…


Parlez-nous de vos conditions de détention.

Au début, et vu la façon brutale dont nous avons été arrêtés et les interrogatoires musclés que nous avons subis, je m’attendais à ce que nous subîmes le même sort que les centaines de personnes (syndicalistes, politiques de gauche,…) enlevées un peu partout au Maroc pendant les années 1970 et 1980. Mais non. On nous a emprisonnés en "bonne et due forme", si j’ose dire. Pour nous, tant qu’on ne nous a pas séquestrés quelque part, ou tout simplement liquidés ; tant que nous étions en vie et que nos familles étaient informées du lieu de notre détention, le reste importait peu… En effet, à Goulmima nombre de familles avaient tellement souffert pendant les années 1970 et 1980 des enlèvements staliniens dont étaient victimes beaucoup de syndicalistes et autres opposants. Nous les connaissions, c’étaient nos voisins, nos cousins, nos instituteurs. Nous les côtoyions quotidiennement dans les ruelles du ksar, et du jour au lendemain ils ont été enlevés et leurs familles n’avaient aucune information sur leur sort. C’était cela que je craignais le plus. Mais nous, nous étions détenus dans une prison "normale", nous avions une adresse. Alors, nous avons essayé de profiter un maximum de notre détention pour en faire une tribune au service de la cause amazighe.


Que reste-t-il de l’affaire Tilelli, 20 ans après ?

C’est plutôt aux historiens du Mouvement amazigh (s’il en existe) de répondre à cette question. Moi, j’étais dans l’affaire. Ma réponse ne peut alors être que subjective et je ne pense pas qu’elle intéresserait le lecteur de cet entretien…


L’affaire Tilelli a marqué un tournant décisif dans l’histoire du Mouvement culturel amazigh, mais on a de plus en plus l’impression que ce rôle a été occulté. Pour quelles raisons à votre avis.

Le rôle qu’a joué l’affaire Tilelli est occulté parce que les auteurs du scénario de l’affaire Tilelli avaient été surpris, car les acteurs qu’ils avaient choisis pour jouer la pièce n’avaient pas "joué le jeu", ils n’avaient pas joué les rôles des personnages imaginés par l’auteur… Ils ont joué leurs propres rôles. Cela n’a pas plu au metteur en scène et il a occulté la pièce.


Que reste-t-il aussi de l’Association Tilelli  ?

L’association Tilelli existe toujours. Elle connaît un certain retrait : on ne peut plus agir en 2014 comme en 1994 ! Les données ont changé et les associations amazighes, pas seulement Tilelli, doivent adapter leurs objectifs et leurs stratégies aux nouvelles donnes. D’autre part, l’association Tilelli, c’est des idées, des valeurs et des personnes qui diffusent ces idées et ces valeurs. Cela peut se faire dans un cadre associatif, mais cela peut se faire aussi ailleurs…


Propos recueillis par,
A. Azergui


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1 Message

  • Bravo, Mr Harcherras !!! A Goulmiman ou à Tizi-ouzou c’est toujours le même oppresseur et pour les mêmes objectifs : La dépossession ! En 2014, nous sommes à un tournant décisif, les oppresseurs, les metteurs en scène, comme vous le dites si bien, sont acculés par l’engouement populaire, les militants n Tmazight alors, d’une seule voix, ils ouvrent des instituts de manière symbolique,il "tolèrent" un enseignement qu’ils savent d’avance sans apport car ils refusent de mettre les moyens nécessaires... rien qu’a voir l’article de loi concernant l’officialisation du berbère au Maroc ( une langue officielle, pas la langue officielle) et aussi en algérie où Tamazight est enfermée dans un commissariat et ce commissariat est géré par des "amazigh", le comble.... En 2014 nous devons chercher d’autres méthodes moins couteuses en terme de vie mais qui puissent imposer et corriger ce déni... mais avant tout attaquons-nous à l’arabo-islamisme, la source de notre dépossession !

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