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Et maintenant, on peut parler ?
jeudi 10 décembre 2009
par Masin
Qu’on fasse crédit à l’auteur de cette libre parole, il adore le football et il est ravi que l’équipe nationale algérienne accède à la reconnaissance internationale si méritée. Mais tout de même, l’enthousiasme et l’excès du moment peuvent être repris en main par notre esprit mesuré et attentif. De ce tumulte populaire, moi j’y ai vu autre chose et perçu un tout autre message. Me permettra-t-on de les exprimer calmement et avec des mots ? Essayons de les prendre spontanément, sans ordre précis.

Au milieu du brouhaha, pas une seule personne ne s’est questionné sur une étrange décision d’un Président de la république réquisitionnant des biens publics de par sa divine autorité. Où sont les séparations des pouvoirs et tout simplement l’intervention des organes de contrôle des diverses institutions ? Pendant que la foule remerciait le grand bienfaiteur, moi j’y ai vu un des nombreux exemples du don d’un peuple de son âme à l’autorité d’un pouvoir qui les tient davantage puisqu’ils sont consentants avec bruit et larmes de reconnaissance.

Pas une seule personne, y compris plusieurs jours après le moment d’hystérie collective, n’a eu l’intelligence d’oser une prise de parole sereinement et sans extase. Pas un seul n’a osé dire qu’il était ravi mais qu’il ne faut en exagérer la portée, pas un seul n’a eu l’audace de dire avec des mots simples "je suis content même si je n’aime pas le football", et personne pour oser l’outrage suprême "je n’aime pas le football".

Mais plus préoccupant encore pour l’enseignant, il semblerait que tout un peuple soit incapable de prononcer plus d’une phrase à un micro ou devant une caméra sans le soutien d’un hurlement qui permet, on le sait, de camoufler une extrême faiblesse syntaxique. Chaque phrase étant d’ailleurs ponctuée par deux louanges divins, l’un religieux et l’autre en révérence présidentielle. Cela permet à moindre frais d’interrompre une parole où les mots ne viennent plus. Mettre l’émotion partout et pour tout, c’est si simple pour éviter l’analyse, le discours posé, l’esprit critique. Voilà où nous en sommes de notre système éducatif !

Pas une seule personne n’a été choquée qu’un match de ballon puisse, comme dans les années soixante dans les républiques bananières, provoquer une tension diplomatique d’une telle ampleur. Est-ce cela l’intelligence de beaucoup qui nous ont si longtemps critiqués pour ne pas adhérer (selon eux, et seulement dans leur esprit) à la grande cause de la communauté arabe ? Elle a volé en éclat, cette belle communauté, pour un match de ballon ! J’ai été stupéfait de voir un peuple entier descendre dans les rues, clamer son unité et sa communion dans une joie collective que seuls les anciens ont connue avec l’indépendance. Stupéfait car rien ne les avait mobilisés à ce point si ce n’est aujourd’hui un jeu de ballon. Ils ont eu faim, ils ont été maltraités, étouffés par une chape de plomb politique et mis à nus par un pillage massif de corruption, rien n’a fait vibrer autant leur corps et projeter leur expression profonde comme les jours qui ont suivi la qualification au mondial par une telle démesure de dévotion au pouvoir.

Faut-il que le vide politique et intellectuel soit si vaste pour en arriver à la manifestation du veau d’or où un peuple entier s’offre à ses autorités politiques ? Le football comme seul exutoire à la parole frustrée et aux ressentiments refoulés des hommes, c’est navrant.

Et maintenant, que va-t-il se passer si on est éliminé dès le premier tour ? On va lyncher les perdants et porter au bûcher notre Président sur la place des Martyrs ? Ou alors c’est à n’y rien comprendre !


SID-LAKHDAR Boumédiene,
Enseignant

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