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“J'ai grandi avec Tinariwen. Ils ont joué pour mon baptême, j'avais sept jours”
Entretien avec Eyadou Ag Lech, membre de Tinariwen
lundi 12 novembre 2012
par Masin
Nous publions ci-après l’entretien réalisé par le quotidien basque "Euskal Herriko Kazeta" (Le journal du Pays Basque) avec Eyadou Ag Lech, un des membres du groupe de musique touareg "Tinariwen".
Nous tenons à remercier la Rédaction d’Euskal Herriko Kazeta d’avoir eu l’amabilité de nous autoriser à le reproduire.

La Rédaction.



En lutte perpétuelle pour la reconnaissance de son peuple, le collectif de Touaregs Tinariwen choisit la musique comme arme de prédilection. Aujourd’hui en tournée dans le monde entier, ils font une halte à l’Atabal à Biarritz ce dimanche 11 novembre.

L’occasion de revenir sur “l’aventure” Tinariwen, avec Eyadou Ag Lech, bassiste et chef d’orchestre de la formation.

Comment faut-il considérer Tinariwen ? une famille d’artistes ? un mouvement musical ?

Nous venons tous de la même région Azawad, et pour ça nous sommes une famille. Mais cela va au-delà. C’est d’abord l’histoire de jeunes touaregs qui se sont rencontrés et ont choisi de vivre cette aventure musicale et surtout humaine ensemble.

Dans vos musiques, vous mêlez les instruments modernes à la poésie et à la tradition touarègue. C’est une manière de conserver sa culture tout en s’ouvrant au monde ?

Nous faisons très attention à ne pas sortir de notre style. On a ajouté à la tradition des basses, des guitares électriques, et des percussions, mais ces instruments ne prennent jamais le dessus. Notre style est le assouf.

Le assouf, le blues du Sahara ?

Exactement. C’est l’essence même de la musique. L’ensemble de nos chansons ont été écrites dans des situations compliquées, de guerre. Il y a donc une profonde nostalgie, beaucoup de voyage. C’est l’esprit de notre musique, c’est le assouf.

Toi quel est ton rôle dans le groupe ? Depuis quand y es-tu ?

Tinariwen a joué pour mon baptême, sept jours après ma naissance. Aujourd’hui, j’ai 34 ans, j’ai passé ma vie avec ce groupe. J’ai commencé les tournées il y a douze ans, en même temps que le reste du groupe.

Le groupe est en perpétuel mouvement. Les membres changent, comment trouve-t-on sa place ?

Tinariwen est un groupe libre, nous sommes des nomades. Et les nomades se déplacent beaucoup, pas forcément avec le même chameau. Dans le groupe, si l’un des membres se sent fatigué, a un empêchement, il ne fait pas la tournée, et d’autres musiciens sont les bienvenus. Par contre nous avons un noyau dur, tous avec le même objectif musical. Je fais partie de ceux-là.

Tinariwen est considéré comme un phénomène par votre peuple. Vous êtes un tremplin pour les jeunes qui veulent faire de la musique ?

Tinariwen, ce sont les piliers du désert. Nous sommes des Touaregs et entre nous, nous nous connaissons presque tous.

Chez nous, nous essayons de former des groupes, de lancer des jeunes, avec par exemple le studio d’enregistrement qui vient d’être créé à Kidal. On veut laisser la place aux jeunes générations, tout en leur apportant et en transmettant nos messages.

Par le passé, certains des membres ont participé à la lutte armée. Comment passe-t-on des armes à la musique ?

Dans les années 1990, certains membres ont en effet pris les armes. La lutte n’avait pas de limites, tous les moyens étaient bons pour mener à bien notre combat.

Rapidement, ils se sont rendu compte que la guitare, la musique, étaient les armes les plus efficaces. L’ensemble de Tinariwen préfère aujourd’hui le milieu musical au milieu militaire.

Vous considérez-vous comme le porte-parole du peuple malien ?

Nous sommes des volontaires pour notre pays. À travers la culture, nous voulons créer des connexions un peu partout dans le monde, faire connaître et valoir notre peuple aux yeux des autres populations.

On fait aussi très attention à notre culture. Notre peuple compte sur moi et suit tout ce qu’on fait. Nous en sommes responsables.



L’insurrection malienne a été déclenchée en janvier dernier. Aujourd’hui quelles sont vos revendications ?

Oui, la rébellion a éclaté depuis environ neuf mois. Aujourd’hui nous nous engageons dans une direction très compliquée. Nous nous souhaitons la paix, dans de bonnes conditions et pour tout le monde. Il faut aller au-delà de cette situation actuelle, des tueries, et de tout ce qu’on ne voit pas… On sait que c’est un piège politique.

Vous avez décidé de tourner un peu partout dans le monde. Votre musique est-elle comprise par tous ? Le message passe-t-il ?

Le message ne passe pas partout, la barrière de la langue est là. Notre langue, le tamasheq, n’est pas connue, bien qu’entière. Nous essayons de faire ressentir notre message, l’essence de notre peuple. On essaie de partager musicalement notre culture.

Tinariwen, l’histoire...

Les Tinariwen (désert en tamasheq) chantent leur peuple depuis plus de trente ans, officiellement en 1982. Dans les années 1990 et la rébellion touarègue, ils jouent un rôle primordial en diffusant des messages d’espoir et de résistance à leurs compatriotes. Durant cette période, ils rentrent au Mali “les armes à la main et les guitares en bandoulière”. Ils se retrouvent alors intégrés au Mouvement populaire de l’Azawad sous le commandement d’Iyad ag Ghali qui les aide à financer l’achat d’instruments de musique. Avec la signature du Pacte national de 1992, Tinariwen se consacre exclusivement à la diffusion de sa culture, avec des paroles évoquant tant l’amour du désert que les souffrances de leur peuple. En tournée à travers le monde depuis 2004, ils sortent en 2011 un cinquième album, Tassili.

Cécile VIGNAU



Article reproduit avec l’aimable autorisation de la Rédaction de Euskal Herriko Kazeta

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