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L'Etat algérien face aux experts onusiens
Tamazgha présente un rapport alternatif intitulé "L’Etat algérien et la question amazighe"
mardi 21 novembre 2017
par Masin
A l’occasion de sa 94ème session, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD), des Nations Unies, examine les vingtième et vingt-et-unième rapports périodiques de l’Etat algérien.
A cette occasion, Tamazgha, Organisation non gouvernementale de défense des droits des Imazighen, présente un rapport alternatif intitulé "L’Etat algérien et la question amazighe" par lequel elle entend apporter devant les experts onusiens les éléments qui illustrent la politique anti-amazighe que mène l’Etat algérien malgré ses déclarations hypocrites et mensongères par lesquelles il fait croire à une reconnaissance de Tamazight.



La délégation du gouvernement algérien se rendra à Genève ces 22 et 23 novembre 2017 pour présenter leur rapport et répondre aux questions des experts du CERD qui auront à examiner le rapport algérien.

Ce n’est pas la première fois que Tamazgha se rend aux instances des droits de l’Homme des Nations Unies pour dénoncer la politique anti-amazighe de l’Etat algérien mais aussi des autres Etats qui occupent le pays amazigh aujourd’hui.
Nous publions ci-après les recommandations que propose Tamazgha aux experts onusiens (le rapport de Tamazgha est téléchargeable en forrmat PDF) ; il est également disponible sur le site du CERD.
Vous pouvez également lire les allégations de l’Etat algérien contenues dans son rapport par lesquelles il vante ses efforts en faveur de Tamazight (extrait de leur rapport).


Nous reviendrons certainement sur cette question notamment après l’audition de la délégation du gouvernement algérien par les experts du CERD.

La Rédaction.



Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD)
94ème session (Genève : 20 novembre – 8 décembre 2017)

Examen des 20ème et 21ème rapports de l’Etat algérien

** *

Propositions de recommandations

(pages 45 et 46 du rapport)

De façon tout à fait indicative, voici un certain nombre de mesures qui donnent une idée de l’ampleur du travail de réforme à faire. Naturellement, seule une élaboration démocratique et libre pourra permettre d’exposer tout le chantier des transformations nécessaires à la réhabilitation de tamazight, ceci n’étant qu’un aperçu néanmoins important et urgent.

1- au niveau politique
- Geler sans délai la loi d’arabisation puis proposer clairement à l’Assemblée nationale de l’abolir comme loi discriminatoire.

2- au niveau constitutionnel
- Proposer sans délai un projet de modification de la Constitution, en accord avec les engagements internationaux de l’Etat algérien, à respecter les droits des Amazighophones, en vue de garantir la stricte égalité des langue amazighe et arabe.
- En coopération avec tous les secteurs de défense de tamazight, modifier toutes les lois et différents instruments de droit et actes légaux comportant des dispositions discriminatoires à l’égard de tamazight.
- Toutes les lois, décrets, ordonnances,…. doivent être revus pour qu’ils soient compatibles avec l’article 4 de la constitution qui fait de tamazight une langue nationale et officielle de façon à lever la discrimination dont fait l’objet la langue amazighe.
- Abolir l’article 2, qui fait de l’islam une religion d’Etat. Cet article est discriminatoire à l’égard des autres confessions et des libres penseurs. L’Etat doit être celui de tous les Algériens quelles que soient leurs options religieuses ou philosophiques.

3- au niveau administratif et de la Justice
- Introduction de tamazight dans les actes administratifs et législatifs.
- Lever officiellement toutes les entraves à l’octroi de prénoms amazighs.
- Rétablir les toponymes amazighs arabisés, notamment par l’usage systématique de "Ben" au lieu de "At", de "djebel" au lieu de "adrar" ou de "oued" au lieu de "assif", etc.
- Officialiser l’acte de justice en tamazight (plaidoirie, défense, etc.).

4- au niveau éducatif
- Prise en charge de l’enseignement de tamazight par l’Éducation nationale en tant que langue obligatoire de la maternelle au supérieur.
- Mettre en place une politique pour l’enseignement en langue amazighe.

5- au niveau de l’édition
Dégager les moyens d’une édition de qualité et d’ampleur en tamazight par l’octroi d’aides publiques aux principaux acteurs de l’édition en tamazight.

6- au niveau des arts et de la culture
Encourager de façon sincère la production cinématographique par l’octroi de moyens suffisants et en finir avec les entraves auxquelles sont confrontés les acteurs de la culture amazighe jusque-là. Cela est valable pour le théâtre, les arts plastiques et d’autres arts encore.

7- les médias
L’Etat algérien doit procéder à une véritable libéralisation dans le domaine des médias. La liberté d’expression doit être garantie. Les autorités algériennes doivent cesser leur politique de censure et garantir aux journalistes et aux producteurs les conditions sereines afin qu’ils puissent exercer leur métier en toute liberté. Les organisations de droits de l’Homme mettent le doigt sur cette question.

8- La langue amazighe se doit d’être la langue de l’Etat et de ses institutions ainsi que des différents actes de la vie des Algériens.

La langue amazighe étant une langue officielle. Elle est donc de fait "langue de l’État et de ses institutions". Elle s’impose à tous les services officiels de l’État (organes de gouvernement, administrations, tribunaux, registres publics, documents administratifs, etc.), ainsi qu’à tous les établissements privés qui s’adressent au public. De ce fait, il est urgent que l’Etat algérien procède à certaines dispositions qui donneraient un sens à l’officialité de la langue amazighe inscrite dans la Constitution algérienne. Nous citons quelques exemples :

a - La monnaie et les billets de banque doivent être frappés également en langue amazighe ;
b - Les papiers d’identité (Passeports, Carte nationale d’identité) doivent être délivrés aussi en langue amazighe.
c - La signalisation routière doit être faite dans la langue amazighe sur l’ensemble du territoire ;
d - Tous les actes administratifs doivent être rédigés aussi en langue amazighe ;
e - L’Etat civil doit intégrer la langue amazighe ;
f - Le Journal officiel, les lois, les décrets, etc. doivent être publiés en tamazight.
g - Les débats à l’Assemblée nationale et au sein des différentes assemblées des collectivités locales et territoriales doivent pouvoir se tenir aussi en langue amazighe, et les comptes-rendus doivent être disponibles en langue amazighe ;
h - L’affichage dans les administrations et les lieux publics en langue amazighe ;
i - Possibilité de libeller les chèques en langue amazighe ;
j - Enseignes des administrations et bâtiments publics en langue amazighe ;

Il serait ambitieux d’énumérer tous les domaines dans lesquels la langue amazighe doit être utilisée.

Autrement dit, Tamazight doit bénéficier d’un statut identique à celui de la langue l’arabe.

En bref, soit la langue amazighe est officielle auquel cas l’Etat algérien doit prendre les mesures nécessaires pour concrétiser ce statut, soit elle est réduite à un statut différent de celui de la langue arabe auquel cas elle n’est pas langue officielle.

Télécharger le rapport de Tamazgha en PDF
PDF - 1003.1 ko

- Lire également :

Tamazgha accable L’Etat algérien à Genève (2013)




Pour consulter le rapport de l’Etat algérien

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