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L'association "Imeddukal n'Asaka n' Aït Salem" à Ifran dénonce l'arbitraire de l'administration de la monarchie marocaine.
mercredi 11 novembre 2009
par Masin
Selon un communiqué de l’association "Imeddukal n’Asaka n’At salem", le 13 octobre dernier, a eu lieu une dispute qui a opposé une partie des habitants aux autorités locales représentées par le mokkadem, le caïd, le pacha et un détachement de la Gendarmerie Royale.


Les autorités ont entamé la construction d’un mur de soutènement de plus de deux mètres de haut, de chaque côté de la rivière, un mur qui doit traverser le village. Les autorités invoqueraient l’utilité et la sécurité publique. Ainsi, ce mur, selon les mêmes autorités, est censé protéger les riverains des risques de crue. Sauf que les habitants du village ne voient les choses du même œil ; pour eux ce projet ne présente que des inconvénients notamment en se retrouvent avec un village coupé en deux et les villageois qui seront aussi privés d’accès à leur eau.

Le projet a commencé il y a trois ans déjà. Une première tranche de l’"ouvrage" fut réalisée avec de grosses pierres basaltiques noires entourées d’un maillage de fil de fer, d’une hauteur de 80 à 160 cm par endroits. En juillet dernier des tonnes de nouvelles pierres des plateaux ont été déversées sur les deux rives en prévision de la deuxième tranche. Là, des habitants ont décidé de s’opposer à ce projet. Plusieurs initiatives ont donc été prises.

Suite à la dispute du 13 octobre, sept personnes sont sous le coup d’une arrestation ou d’un avis de recherche : il leur est reproché d’entraver la mise en application d’une décision de l’autorité publique. Ces personnes devaient être présentées au Procureur de Meknes pour instruction du dossier le 19 octobre.

L’attitude des autorités monarchiques alaouites n’est nullement étonnante. Ce qui est positif et encourageant est la mobilisation des habitants qui refusent de se voir imposer des décisions unilatérales concernant leur quotidien. Cela contribuera-t-il à faire prendre conscience aux Nords-Africains, de manière générale, que nous avons à faire à des régimes purement coloniaux qui, en plus de vouloir nous assimiler par l’arabisation e l’islamisation, ils montrent leur mépris à l’égard des populations qui doivent, selon leur logique, se soumettre et devenir des troupeaux de bétail.

Toute notre solidarité avec les populations d’Ifrane dans leur combat pour préserver leur village et leurs intérêts. U’ils restent mobilisés et solidaires ; les autorités monarchiques ne feront que reculer.


La Rédaction.




Un document émanant de l’association "Imeddukal n’Asaka n’At salem"

QUELQUES ARGUMENTS CONTRE LE MUR

I. L’inutilité pure et simple du mur
II. Les effets pervers du mur


2I. L’inutilité pure et simple du mur2

1) La disproportion entre les dimensions du mur qui par endroits atteint une hauteur de 2m40 (trois étages de 80 cm ) et le débit de la rivière apparaît évidente : en particulier parce que les sources sont mises en tuyaux et redirigées vers la ville, parce que les besoins en eau sont importants pour faire d’Ifrane une ville verte, ’"joyau" de l’Atlas, et aussi pour des raisons climatiques, depuis bien longtemps (30 ans environ) la rivière n’est plus le cours d’eau impétueux qu’elle était mais un ruisseau qui certains étés tarit complètement, interdisant d’ailleurs la mise en culture traditionnelle des rives.


2) Des moulins ont été érigés, au milieu des chutes appelées Ijurra, par les Anciens qui connaissaient la rivière des siècles précédents, du temps où elle emportait il est vrai dans ses tourbillons hommes et bêtes ; ces moulins n’ont jamais été emportés par les crues et s’ils sont aujourd’hui abandonnés, leurs murs n’en demeurent pas moins debout, solidement dressés au-dessus de l’eau jusqu’à nos jours. Comment le cours d’eau actuel atteindrait-il les habitations construites à l’écart sur les hauteurs des rives ? Bien entendu pour éviter tout risque il convient de ne pas rendre constructibles des terrains agricoles situés en bordure de la rivière…

3) Si on considère les caractéristiques géologiques et le relief de la région, on se rend compte que le risque de crue et d’inondation lié aux eaux de ruissellement provient des collines boisées alentour, actuellement menacées par la déforestation (Tichut el Xewit, Tichut n’Tachetwin…). Le vrai danger est là. Car ces collines sont des causses calcaires qui normalement absorbent l’eau et permettent l’infiltration des eaux de pluie, à condition que celles-ci soient retenues par une végétation dense et un sol boisé. Voilà donc le défi et le véritable enjeu d’utilité publique : comment sauver la forêt ?

4) Enfin on pourrait signaler un autre risque plus insidieux et sans doute beaucoup plus grave, celui lié aux canalisations d’eaux usées rejetées par la ville d’Ifrane, qui descendent le long de la vallée et traversent le village pour se déverser "purement" et simplement dans la rivière, à 100m en aval de la dernière habitation, au niveau de la source appelée Source du Prince Moulay Abdellah, parce qu’il venait s’y désaltérer en compagnie de la famille royale… Inutile de dire qu’à partir de là le cours d’eau est pollué et que l’on constate la mort lente des arbres séculaires (des frênes d’une espèce endémique) qui faisaient la fierté et l’attrait de la vallée, mais que l’on continue d’irriguer les cultures avec cette eau-là, parce que c’est la seule ressource disponible…

Ces canalisations se trouvent dans un état pitoyable. En plusieurs points de la vallée, leur contenu s’écoule dans la rivière, se répand en plein cœur du Site d’Intérêt Biologique et Ecologique (SIBE reconnu et cité dans tous les rapports du Secrétariat d’Etat chargé de l’Environnement tentant de définir une stratégie nationale pour la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité…) A l’occasion des dernières pluies de ce mois de septembre, c’est aux portes du village que ces eaux usées ont débordé et inondé une plantation de cerisiers, demeurant exposées à ciel ouvert, polluant les sols et entraînant un risque de contamination. Si la canalisation se rompt en plein village à l’abri des regards, là où elle est enterrée à deux mètres sous le niveau de la rue principale, à ce moment-là on pourra parler de vrai risque d’inondation à effet retard, travail de sape des fondations et risque d’effondrement, doublé d’un risque de santé publique…


2II. Les effets pervers du mur2
1) Si vraiment l’ouvrage devait s’avérer nécessaire, force est de constater que pour l’instant son efficacité est totalement ruinée par la présence du pont, au même niveau que les rives, qui constitue une ouverture béante par laquelle l’eau ne pourra que s’engouffrer avec une puissance redoublée…

2) Si vraiment il devait y avoir une forte augmentation du débit, au lieu de déborder sur les terres cultivables des rives avant de regagner son lit comme elle le faisait traditionnellement, la rivière coincée entre ces deux murailles latérales prendra de la puissance et dévastera les zones en aval de l’ouvrage, juste après le Mausolée, précisément là où son cours s’accélère déjà naturellement et se précipite en chutes, érodant la roche calcaire, creusant des failles. Ce phénomène sera donc amplifié, entraînant des risques de déracinement d’arbres et d’effondrement de terrain… Le fait que la rivière soit dorénavant contenue entre deux murailles peut ainsi avoir des effets imprévisibles sur toute la longueur de l’ouvrage, effets accentués au fil des ans et associés à un risque exponentiel de creusement de failles, effondrement des rives, destruction des sols cultivables…

3) Auparavant, lors de fortes précipitations et depuis que les rues ont été cimentées, les eaux de pluie ruisselaient des collines alentours et des hauteurs du village avec une vitesse et une puissance accrues (cf point I-3), ne trouvant que deux ou trois ruelles qu’elles convertissaient en torrents entre les habitations pour rejoindre le fond de la vallée et se jeter dans la rivière. Dorénavant, depuis que la première phase de l’ouvrage a été réalisée, ces eaux de pluie ne trouvent plus de voies d’évacuation vers la rivière et stagnent sur les rives, où elles constituent maintenant un risque réel d’inondation, créé par l’homme, pour toute la partie basse du village qui n’a jamais connu, de mémoire d’habitant, un tel risque depuis 100 ans que des demeures y ont été érigées… Précisons qu’une percée dans le mur et un canal d’évacuation ont bien été prévus pour permettre l’écoulement de ces eaux, mais en cas de crue c’est la rivière qui refluera par ces passages et qui amplifiera le phénomène de stagnation, alimentera l’inondation…


Pour l’heure, on peut donc résumer ainsi la problématique :

SOIT le risque n’existe pas et le mur est inutile : l’argument d’utilité publique ne tient pas ; en revanche le préjudice écologique et environnemental est réel.

SOIT le risque existe et dans ce cas la réponse est inadaptée : l’ouvrage est contre-productif et n’aura que des effets inverses à l’objectif recherché.

A moins que l’objectif recherché ne soit pas celui qui est annoncé (la protection civile) mais au contraire la destruction d’un cadre de vie, la destruction de tous les fondements, environnementaux, culturels, sociaux et humains qui rendaient la vie possible dans ce village…

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4 Messages

  • IL faut realiser le mur pour eviter qu’une catastrophe naturelle puisse betement martyriser les villageois mais en elevant le pont a la hauteur du mur et en construisant des escaliers par endroits pour permettre aux villageois de profiter de l’eau de leur riviere. C’est tres simple.
  • le fait ke Oued Tizguite a été ensseré entre des digues non seulement coupe le village de Sidiabdselam en deux en privant la population de la ressource en eau mais constitue également une fragmentation écopaysagère portant atteinte à la faune qui se retrouve ainsi isolé du paysage riverain alors que celui-ci assure le déplacement de certaines espèces, leur procure abris, nourriture et espace de reproduction.

    en effet, Tizguite, qui est l’un des cours d’eau marocains où la végétation (ripisylve dense et haute) est la plus variée (plus d’une trentaine d’espèces), la végétation aquatique et subaquatique couvrant la moitié du lit de l’oued.
    De même, plusieurs espèces de vertébrés rares ou localisés au Maroc ont été signalées dans le cours d’eau d’Oued Tizguite comme la loutre, la truite Fario, le goujon, l’écrevisse à pieds rouges en voie de disparition, la cistude, le natrix natrix, en plus du Crapaud commun, du Cincle et de la bergeronnette des ruisseaux.

    L’endiguement non seulement empêche le Oued de remplir ses fonctions écologiques mais prive également ce cours d’eau de ses potentialités récréatives intéressantes pour le tourisme (randonnées, aire de pique-nique, pêche, …) tout en diminuant sa contribution à l’attractivité et à la qualité du paysage fluvial.
    La protection des personnes et des biens matériels contre l’action dommageable des eaux doit surement être assurée mais cette protection doit être réalisée en effectuant des aménagements aussi légers que possible sur le cours d’eau, tout en lui laissant un espace suffisant pour remplir ses multiples fonctions écologiques. Pour définir cet espace il ne faut pas uniquement considérer les abords directs du cours d’eau mais également le paysage environnant et les usages dont il fait l’objet.