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Tagrawla : le cri de la révolte
vendredi 17 juin 2011
par Masin

"La colonisation est totale. La libération devra également être totale", tranche Ouaqqa. Pour se libérer du joug arabo-islamiste, une solution s’impose : la révolution (Tagrawla). C’est pourquoi justement il a enfourché sa guitare pour rendre hommage aux détenus politiques de la cause amazighe et appeler à la révolte et au refus de toute soumission. Le résultat : un opus d’une grande qualité intitulé : "Inekraf" (les détenus). Le CD sorti récemment au sud-est de Tamazgha Occidentale est révolutionnaire. 

Le groupe Tagrawla est créé par Ouaqqa, originaire de Msemrir, un village de montagne situé dans la région de Boumalen n Dadès. Âgé de 26 ans, il est étudiant à Agadir et milite depuis plusieurs années pour la défense de l’identité amazighe. En mars 2007, il a été sauvagement agressé à Agadir par des étudiants arabistes qui soutenaient la police dans la traque et la répression des militants amazighs. Grièvement blessé, il avait perdu trois dents. "Nous avons passé des moments très durs. J’ai été pris, avec plusieurs dizaines de militants, entre l’enclume de la violence des étudiants arabistes et le marteau de la répression policière. Nous étions recherchés et obligés de vivre clandestinement."

Cette année là avait marquée toutes les mémoires. Dans les universités d’Agadir, Marrakech, Meknès, Taza et Imtghren, une véritable chasse aux militants amazighs a été orchestrée par la police. Plusieurs centaines de militants avaient été arrêtés. Plus de dix d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme allant de 5 à 10 ans. D’autres avaient subi des tortures et des insultes racistes et dégradantes dans les commissariats de la police.

Cette répression policière a marqué Ouaqqa qui a décidé d’œuvrer pour éveiller les consciences et inciter les Amazighs à revendiquer leurs droits politiques. Il participe depuis 2007 à plusieurs concerts à travers toute la région du Sud-est et dans les universités.

Le groupe Tagrawla en concert à Boumal n Dadès



Dans Imeṭṭawen (larmes), la première chanson de ce CD, Tagrwala décrit la situation actuelle des Imazighen :
 

"Awa wiyha, awa wiyha
Hat nẓuẓḍ add naki
Awed allaγ ikka-t waṭṭan
Ula adif ammas n iγsan."

 
Malheur à nous
Nous refusons de se soulever
Nos cerveaux sont affectés
La moelle de nos os, aussi.


Tagrawla montre du doigt l’école marocaine, cette machine idéologique qui fabrique des islamistes et des kamikazes potentiels.

"Kkiγ likul ar i-sseγran
Af ad-asen geγ ayedda ran
Lesɣ timelsa n Pakistan
Geɣ aɛrab aǧeɣ aleḥyan,
Tiwetmin lsan-t igwiḍan,
Icirran ttun mayd gan."


A l’école, ils m’apprenaient des mensonges
Pour faire de moi ce qu’ils voulaient
J’ai mis des habits d’islamistes pakistanais
Je suis devenu arabe et laissé pousser une barbe
Les femmes se cachent sous des tentes
Les enfants ont oublié leur identité.
 

Et puis un appel à la révolte et au soulèvement. Un "cri" qu’on entendra dans presque toutes les six chansons de l’album.

"Tanekra Tanekra
Nra tilelli."


Réveillez-vous, réveillez-vous
Nous voulons la liberté.

Dans la chanson (Ay ameẓẓan, ay axatar), il plonge le couteau dans la plaie toujours ouverte de la domination arabe :

"Ku yan tella γurs tlelli
Afella n tmurt n Tmzaγa
Ar ass lliγ g d-ikjem Σuqba
Asin-d ssif gen-d akabar
Ar kkaten ad i-xwun adγar
Ayenna aγ-gan ur t-ttuγ aha"

 
On vivait libres
Sur la terre de Tamazgha
Jusqu’au jour ou Oqba a soulevé son armée
Pour nous conquérir
Et nous voler nos terres
Je n’oublierai jamais les crimes commis par les Arabes.


Et puis propose une solution :

"Nekra-t, udu neswiyha
Ad nali aγulid amm dadda.
"
 
Cessons de nous apitoyer sur notre sort
Prenons les armes, suivons l’exemple de nos grands-parents.
 


Dans la chanson "Inekraf", il rend hommage à Hamid Ouadouch et Mustapha Ousaya qui croupissent dans la prison de Meknès depuis 2007 suite à un procès injuste.

"Kkan afus g ibniqen γef uzref n Imaziγen"

Ils souffrent dans les prisons pour que le peuple amazigh retrouve ses droits.

 
Dans une autre chanson (nγan-aγ waɛraben), il s’attaque aux berbères de service :

"Awi nγan-aγ waɛraben, tɛawn-asen marikan
Tekka-sen Fransa tasga d ibrebriyen aγ-izzenzan.
"

Aidés par l’Amérique, les Arabes nous dominent
Ils sont aussi soutenus par la France et les Berbères de service.
 


Et décrit la situation déplorable des Imazighen dans tout le monde amazigh :
 

"Atwargi ar t-neqqan g tnezruft d umaγa
Aqbayli urta lulin, inγa-ten Butefliqa
Ameɛḍur Lqeddafi iḥemmeẓ aytma g Nefusa
Nekwni neqqim g Merruk kud nessaγ ar nezzenza."

 
Les Touaregs sont massacrés dans le désert
Le Kabyle peine à s’affirmer sous le joug de Bouteflika
En Libye, Khadafi, le fou, a tué mes frères de Nefusa
Alors qu’au Maroc, les Berbères de service nous ont vendus.
 

Le groupe Tagrawla en concert à Imilchil



Mais la résistance s’organise. L’espoir surgit :

"Amaziγ irura afus inna-as nella nella
Waxxa awen ikka tasga wakal ula igenna."


Le peuple amazigh résiste et compte exister
Nul ne pourra le soumettre.
 


Même registre dans la dernière chanson de l’album "Izgaren" : 

"Reẓ-at aγ imawen
Kref-at-aγ ifassen
Nesγuy ad nini
Tella γuri tlelli
Ul d unelli."


Même si vous bâillonnez nos bouches
Attachez nos mains
Nous crierons pour dire
Que nous sommes libres
Et que nous avons des cœurs (pour aimer) et des cerveaux (pour réfléchir).
 



Tagrawla chante des textes écrits par ses trois membres. Elle continue de prendre part à différents concerts. Nous leur souhaitons BON VENT.


Lhoussain Azergui

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3 Messages

  • Tagrawla : le cri de la révolte 18 juin 2011 23:53, par belaid tagrawla
    azul fellawen,moi aussi je fais partie d’un groupe kabyle TAGRAWLA,crée en 1977 a l’université de bab ezzouar a Alger,tres heureux de faire votre connaissance,voici notre site : www.tagrawla.org
    • Tagrawla : le cri de la révolte 24 juin 2011 01:13, par u3qqa
      tanmmirt awma t’est alors notre orientation j’aime bien faire des connaisoance avec des artiste de tous tammazgh et des militants de notre cause amazigh de tous tammazgha imnghi itddu tagrawla nera ad tili voila mon email : imdghas2961 gmail.com
  • Tagrawla : le cri de la révolte 21 août 2011 22:42, par LAAMEL HASSAN
    AZUL AYTMA Le militantisme dans les universités de Marrakech et Agadir à fait apparaitre cette nouvelle génération de chanteur Amazigh Saghru band, Tgrawla, Amanay.....qui commencent souvent leur aventures de chanteur dans des semaines culturelle de l’université. Ces jeunes portes l’espoir de cette jeunesse affamé de la culture Amazigh. Actuellement malgré toutes les embuches les jeunes berbères disposent de leurs idoles comme dans tous les pays. Après une ancienne génération soumise malgré elle voila la génération de Tagrawla de la vallée de Dades ou souffle un petit vent d’espoir du printemps berbère. Nous leur souhaitons bonne continuation. TASSMI D’IMINI