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Femme amazighe
"Yessis n Teryel" : Forum des femmes kabyles
jeudi 18 janvier 2007
par Masin

Forum "Yessis n Teryel"

Quand il nous arrive d’être l’ombre de nous-mêmes, quand il arrive d’oublier où nous sommes, quand il arrive d’oublier qui nous sommes, que faisons-nous ?
Nous interrogeons notre miroir. L’Autre que l’on y découvre nous est parfois insupportable.
Nous nous aventurons alors plus loin. Nous scrutons les flous de notre subconscient et naviguons sur les murmures de notre moi.

Nous entendons nos émois. Nous sondons nos effrois. Seules. Avec nos ombres. Car, nulle n’échappe à son ombre.

Alors, pour ne pas vaciller, nous faisons appel à l’imaginaire où nous traquons les réminiscences de notre enfance, de nos origines. Pour comprendre la trajectoire.

Surgit Teryel, l’ogresse. Pourquoi pas Loundja, sa fille, se demanderont la plupart d’entre vous. Figure plus "positive", belle et gentille, Loundja n’a pas fait peur aux enfants que nous étions.

J’ai choisi Teryel pour plusieurs raisons :
- Selon la cosmogonie kabyle, Teryel est la femme mythique des origines, mère du monde. Ainsi, les Kabyles avaient, comme les anciennes civilisations illustres, une "certaine idée" de l’origine du monde et de l’humanité. Et ils avaient choisi une femme, ce qui est surprenant quand on sait que les religions monothéistes n’en ont fait juste que cet être arc-bouté qu’on arracha aux flancs de l’homme ;

- Ensuite, selon la mythologie kabyle, les hommes et les femmes seraient sortis du monde souterrain pour peupler la Terre. Ils vivaient séparés. Ce sont les femmes qui auraient pris l’initiative du premier rapport sexuel. Immense découverte pour les Kabyles du XXIe siècle qui ont élevé la sexualité de la femme au rang de tabou qui vire à la névrose collective ;

- Selon, toujours, la mythologie, les femmes dominaient alors les hommes jusqu’au jour où ceux-ci se mirent à construire des maisons pour enfermer les femmes. Une seule femme et un seul homme préférèrent la vie sauvage et refusèrent d’entrer dans la maison. Ainsi, naquirent Teryel (l’Ogresse) et Waghzen (l’Ogre), les parents de Loundja. Teryel devint maîtresse de l’espace sauvage.

Ainsi, une autre vision de l’espace autre que celle que connaît la société kabyle contemporaine fut possible dans notre imaginaire collectif.

Et cela nous le devons à une figure féminine, Teryel : femme active, maîtresse de son "destin", autonome, entière et insoumise.
Voilà pourquoi j’ai choisi la référence à Teryel plutôt qu’à Loundja, trop près des stéréotypes actuels : belle et soumise.
Mais la mythologie ne nous dit pas comment Loundja se transformait en Teryel.
Elle ne nous dit surtout pas comment la femme kabyle, cette lointaine descendante de Teryel, s’est-elle transformée en vestale ?
Comment a-t-elle accepté de rejoindre "la maison" ?

Je vous offre cet espace pour parler de nous, les femmes kabyles, les filles de la lointaine Teryel. D’où le choix du nom : Yessis n Teryel, les filles de Teryel.

Ce forum se veut avant tout un espace de parole, d’argumentation, d’analyse et de compréhension.
Les articles traitant de la condition de la femme kabyle sont les bienvenus, qu’ils soient œuvres scientifiques, littéraires, de presse ou simplement de notre crû, de nos vécus et expériences.

Ce forum réserve aussi un espace pour la parole de l’exil : comment notre intériorité de femme kabyle s’exprime-t-elle dans l’exil ? Sujet qui me tient à cœur...

Ce forum a donc pour unique objet d’échanger la parole sur la femme kabyle. Mais il n’est pas dit qu’elle soit exclusivement féminine. Le forum est donc ouvert aussi à l’homme kabyle. Il n’est pas d’identité qui ne soit altérité.

Le forum souhaite la bienvenue aux Kabyles et aussi aux non Kabyles désireux de s’impliquer dans cet échange.

Louisa
Initiatrice du Forum "Yessis n Teryel"

- A lire au sujet de Teryel et la mythologie kabyle :
- Camille Lacoste-Dujardin, "Maghreb. Eléments de mythologie kabyle", Dictionnaire des Mythologies(2), sous la direction d’Yves Bonnefoy, Edition Flammarion, Paris, 1981, pp : 45-48.

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7 Messages

  • AZUL

    Je pense qu’il y’a un hiatus dans la dénomination de votre forum.

    D’abord "yessis n teryel" ce sont "les loundja", donc des femmes dociles et soumises à la volonté de l’homme. Vous vous etes données l’appellation de soumises alors que je crois comprendre le contraire que vous voulez dire.

    D’autres part, la femme kabyle ne vient pas de cette horrible femme "teryel", qui est supposée regner sur les tenebres et la foret (espace non humain). Dans ce contexte , voir J.Servier dans ’les portes de l’année", ...)

    Enfin, je ne vois pas le lien objectif entre les conditions de vie de la femme kabyle et son émancipation et le thème abordé dans cet article

    J’aurais aimé que la femme kabyle ne soit jamais "yellis n teryel" mais plutot une femme ancrée dans notre siecle, libre et totalement émancipée du joug de la morale et de la tradition et de l’emprise de la religion .

    • de tous les contes que j ai connus petit, tter-yel etait laique :-) et ne connaissait de Dieu que son ventre ou croupissaient les crapaux aussi bien que les princes qu elle a devore’s.

      waghzen.

    • Azul,

      Je vous remercie beaucoup pour votre message fort pertinent. Par Yessis n Teryel, vous l’aurez sûrement compris, nous entendons héritières. Encore faut-il préciser que du mythe de Teryel, figure très mal connue à mon sens et dont on ne retient que l’aspect hideux et cruel qui nous est parvenu jusque-là, nous n’avons retenu que la référence cosmogonique.

      Le mythe de Teryel donc, cette femme qui a osé affirmer son désir, prendre l’initiative sexuelle, nous semblait intéressant en ce sens qu’il a alimenté et alimente l’imaginaire de la société kabyle et pourrait expliquer cette peur qu’ont les hommes kabyles du corps et de la sexualité fantasmés des femmes. Une peur qui est à l’origine de cette violence, symbolique (pour paraphraser Bourdieu) et réelle exercée contre le corps de la femme. Un corps où le marquage de la domination patriarcale constitue,à notre avis, une des entraves majeures pour l’évolution des mentalités en Kabylie et un frein pour une réelle émancipation de la femme kabyle.

      De plus, la métamorphose de Loundja en Teryel, transformation d’une femme belle et soumise en une femme totalement rebelle et cruelle, nous semble une métaphore intéressante, un clin d’oeil pertinent quant à la reproduction de la domination de la femme kabyle par la femme kabyle elle-même.
      La figure de la belle-mère dans notre culture est à revisiter sous cet angle pour comprendre cette « violence symbolique », exercée par les dominants et intériorisée par les dominé-e-s.

      Quant aux autres points soulevés par votre message, vous devriez visiter le forum, certes modestement alimenté pour l’instant, pour en comprendre l’orientation qui va, d’une manière franche et radicale, dans le sens d’une libération de la femme kabyle de toutes les oppressions.

      Alors, au plaisir de poursuivre cet échange sur le forum lui-même.

      Tanemirt,

      Louisa

      • "Yessis n Teryel" : Forum des femmes kabyles 21 janvier 2007 11:37, par IFERMAN

        azul

        Loundja est la femme tant convoitée par le héros du conte qui finit d’ailleurs par l’épouser.A ma connaissance, Loundja ne s’est jamais transformée en teryel dans les contes au contraire elle est fille d’une ogresse moitié humaine moitié sauvage, qui devient an épousant le bel homme (le héros) totalement humaine en donnant une progéniture humaine , donc la chaine de la sauvagerie est rompue avec Loundja.
        C’est l’opposé meme de ce que vous nous dites. D’ailleurs ,l’avenement de teryel est mal connu, ses origines mythologiques sont équivoques.

        Je vous rappelle que "yessis n teryel" n’est pas "teryel". Les premieres sont humaines , la seconde est mi-humaine mi-sauvage(animale),elle est cannibale, anthropophage.

        Donc, la dénomination meme de votre forum est ambigué.

        Affud igerrzen di leqdic-nkent, dayen yuklalen tajmilt d wanuz.Saramegh-akent abrid ghezzifen d win ara yessiwd’en gher yeswi-nkent.Amur ameqran n yeqbayliyen , atenad di tama-nkent, gher yidis-nkent ladgha tasuta-ya n tura d tin i d-iteddun.D kunemti i d azekka nnegh, d asalu ine^djren gher tafat, tilleli d tayri i tmurt n leqbayel . D kunemti d asalas ghef tbedd tgemmi-nnegh.

        Ar tufat

  • "Yessis n Teryel" : Forum des femmes kabyles 21 février 2007 20:39, par rachid
    nous savons les attaches de la realite(plutot reel)avec la fiction aussi une lecture purement ’realiste’est t elle recevable ? ne s’agit il pas plutot de ’feminin’que de femmes(en un certain sens du moins) ;oui le feminin pose probleme est une question lancinante pour vous les femmes et pour nous les hommes(n’avons pas eu des meres ?certes la langue deja appartient aux meres (langue maternelle dit on)en ce sens deja elles portent le monde ;de meme elles nous precedent dans le miroir c’est le lieu ou elles nous faconnent comme origine elles sont notre memoire blessee souvent commes leurs vies ont pu etre blessees et le plus souvent sans temoin . Leur solitude(a toutes ces femmes ces meres)est a la mesure de leur courage,leur force est a la mesure de leur faiblesse et ceci est leur fidelite.Ligne qui nous reste d’elles est la marque invisible que nous portons tous en nous ,celle d’un amour sans condition l’amour que les femmes portent a leur culture a leur enfants,un amour decidement trop grand:puissions nous en retour les aimer d’un amour aussi grand et que notre memoire reste le lieu’immemorial’de leur presence en nous:l’eternite comme origine elles resteront ;plus fortes que le temps.
    • "Yessis n Teryel" : Forum des femmes kabyles 1er septembre 2008 01:23, par massin
      J’ai pris l’intiative, il y a quelques semaines de présenter le début d’une histoire d’amour en kabyle. C’est l’histoire d’une jeune lycéenne kabyle qui veut vivre pleinement son amour. J’ai voulu garder la suite ouverte pour que les kabyles (surtout les filles) interviennent dans le déroulement de l’histoire. Ca se passe sur http://timuzgha.e-monsite.com
  •  Chère Louisa,

    Je suis émue de ce que tu as écrit. J’ai 37 ans aujkoiurd’hui et vis également en exil.. ce n’ets pas simple.. cette voie de teryel toujours au fond du coeur... c’est cette voie qui a tracé ma route vers la liberté mais j’ai tellement la nostalgie de chez nous.. Je m’appelle moi même Louisa