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Hommage à Ahcène Taleb (1955 - 2015)
par Lounis Aggoun et Ramdane Achab
dimanche 31 mai 2015
par Masin

Ahcène Taleb est né le 18 janvier 1955 à Aït-Abdelmoumène. Il fait ses études secondaires au lycée Amirouche de Tizi-Ouzou (classes de 6ème à 3ème) et au lycée Technique d’Etat de Dellys (1972 à 1975). Lauréat distingué du baccalauréat en 1975, il poursuit ses études à l’Ecole Polytechnique de Montréal où il obtient son diplôme d’ingénieur en Mécanique en 1980. Durant cette période, il contribue à la création de la première Association socio-culturelle berbère du Canada, à Montréal.

Il rejoint l’Algérie en 1980 et travaille comme ingénieur dans la région de Hassi Messaoud. En 1983, il intègre l’Université de Tizi-Ouzou en qualité d’enseignant de Sciences physiques. Il participe à toutes les activités du mouvement culturel berbère et notamment à la revue Tafsut dont plusieurs numéros seront tirés clandestinement chez lui, au village.
Parallèlement, il se lance dans l’élaboration d’un lexique français-berbère de technologie. En 1985, il est aux côtés des victimes et de leurs familles lors des arrestations des membres de la première Ligue algérienne de défense des droits de l’homme.

Il participe, dès son lancement en 1986, au projet de Dictionnaire général informatisé de la langue berbère, exprimant ainsi son souhait et sa volonté de contribuer à extirper la langue des ravages de l’amateurisme, en la dotant d’outils scientifiques sérieux capables de la faire aller de l’avant sur des bases solides.

A l’approche de l’ouverture politique de 1989, il refuse de se rendre aux "Assises du MCB" (février 1989) auxquelles il est invité. Ahcène Taleb s’oppose au démantèlement du MCB, plaide pour son renforcement et défend son autonomie. Il fait face à l’autoritarisme de certains animateurs du mouvement et défend l’idée d’une relance sur des bases plus saines et plus démocratiques. Il est l’un des principaux organisateurs du deuxième séminaire du MCB en juillet 1989.

Il participe activement à l’organisation de la marche du MCB à Alger, au mois de janvier 1990. Sur le plan politique, il apporte un soutien critique au FFS tout en s’opposant à la participation aux élections législatives et en dénonçant les opportunistes et les arrivistes de tous bords, ainsi que la corruption.

Il s’installe en France en 1996, prend un poste d’enseignant de Sciences physiques, et s’inscrit en 3ème cycle de linguistique berbère à l’Inalco de Paris en choisissant de travailler sur les locutions kabyles. Il suit de très près la situation politique du pays, et participe avec des amis à la réflexion, à l’analyse et à l’action. Parallèlement, il rédige une histoire de son village natal.

Ahsène Taleb est décédé le 31 mai 2015 dans un hôpital de la région parisienne, des suites d’une longue maladie. Il était marié et père de trois enfants.
Trop tôt il s’en est allé, distillant gentillesses à ses visiteurs. Il nous quitte alors que l’Algérie vit une période trouble, propice à tous les débordements. Sur l’avenir, il avait un regard où se mêlaient espoir et sourde crainte. La crainte de voir triompher une fois de plus le pire, après le nationalisme béat, l’islamisme mâtiné de terreur militaire, la crainte qu’un aventurisme professé par de faux mages n’offre à la dictature l’équation de son renouvellement et les ingrédients pour plonger de nouveau le pays dans le chaos. L’espoir, il le voyait dans le peuple. L’espoir que de tout épisode sombre peut jaillir le sursaut, pour remettre cette terre pour laquelle il a consacré sa vie, cette terre tourmentée, sa terre, dans le sillon de la prospérité.

***

Diplômé d’une université canadienne à la fleur de l’âge, Ahsène Taleb a abandonné le confort que lui aurait procuré une tentante expatriation pour revenir en Algérie participer à l’essor de son pays. Enseignant à l’université de Tizi-Ouzou, il a pesé de tout son poids pour promouvoir un enseignement de qualité.

La politique, il l’a pratiquée sous ses augures les plus nobles : modestie, altruisme, désintéressement, combat pour la démocratie, la liberté, les valeurs universelles et la justice sociale. Loin des schémas partisans et de la quête de pouvoir ou de profit, il a mis son savoir au service de l’information et de la promotion des idées.

Au sein du Mouvement culturel berbère, il a lutté contre les pesanteurs pour redonner à la langue amazighe les moyens de son développement. Il a consacré toute son énergie pour la reconnaissance de cette langue et pour l’avènement d’une chaire de berbère au sein de l’université, pour lui permettre de s’épanouir. C’est notamment ce dessein qu’il visait en préparant une thèse de berbère à l’Inalco de Paris. Thèse que des contraintes économiques l’ont empêché de mener à son terme.

Toute sa vie durant, que ce soit dans le domaine professionnel ou dans les rapports sociaux, il a porté haut les valeurs humaines les plus vertueuses. Il ne se trouvera personne de crédible pour contester que sa trajectoire est empreinte de probité, de modération, de sagesse et en même temps d’engagement désintéressé au bénéfice de la collectivité.

Ahcène Taleb est un homme que la société doit honorer, que la société doit s’honorer d’honorer en rendant justice au combat d’un de ses plus honorables membres. Pour chacun, ce sera le message de la reconnaissance et la promesse que le combat pour la droiture n’est pas vain.

Lounis Aggoun et Ramdane Achab

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