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Kateb Yacine : "Les religions ont toujours joué un rôle néfaste"
Projection du film "Kateb Yacine : un poète en trois langues", le vendredi 13 octobre 2006 à 20H30 à Paris
mardi 10 octobre 2006
par Masin
Pour la reprise de ses activités, Tamazgha propose la projection du film « Kateb Yacine : un poète en trois langues ». Le film est un entretien réalisé par Stéphane Gatti avec Kateb Yacine. Il est entrecoupé par des images de l’enterrement, à Alger, du poète-écrivain.
Les propos de Kateb Yacine sont connus notamment à travers ses écrits, mais l’entendre les exprimer de sa propre voix, ces propos dégagent une autre force.
Ce qu’exprime Kateb Yacine est tellement important que nous procédons, depuis plus d’un an maintenant, à des projections régulières de ce film et ce dans le but de partager ces moments forts avec Yacine avec un aussi large public que possible.

Ce film mérite une très large diffusion ; il doit être vu partout en Afrique du Nord et par toutes celles et tous ceux qui portent un intérêt à ce pays. Il est d’autant plus important de le diffuser à un moment où des régions comme la Kabylie sont exposées aux idées et projets les plus rétrogrades qui risquent de remettre en cause les acquis de décennies de lutte et de combat.



Kateb Yacine, un poète en trois langues

Projection vidéo

Vendredi 13 octobre 2006 à 20H30



Local associatif,
12, rue du Moulin des Lapins,
75014 Paris.
Métro : Pernéty (Ligne 13)


Notez bien que le bar sera ouvert dès 18h00



Renseignements
Tel : 01.45.45.72.44.
E-mail : tamazgha wanadoo.fr





Kateb Yacine : un poète en trois langues
Film de Stéphane Gatti, La Parole Errante, Paris, 1994.





Extrait d’un entretien de Kateb Yacine, réalisé par Tassadit Yacine :

[...] Tassadit Yacine : - Lutter pour une religion peut être aussi une forme de nationalisme. Pour ceux qui ont la foi, c’est déterminant.

Kateb Yacine- II faut réfuter ça énergiquement. C’est pour ça que je suis contre les mythes. Il y a l’histoire, quand même !

- De toute façon, il faut aussi admettre que ce peuple a connu avant l’islam les religions qui étaient là.

- Mais ces religions ont toujours joué un rôle néfaste. Il faut s’y opposer avec la dernière énergie. On les voit maintenant à l’œuvre. On les voit en Israël, en Palestine, on les voit partout. Ces trois religions monothéistes font le malheur de l’humanité. Ce sont des facteurs d’aliénation profonde. Voyez le Liban. Ça se passe devant nous. Regardez le rôle des chrétiens, des musulmans et des juifs. Il n’y a pas besoin de dessin. Ces religions sont profondément néfastes et le malheur de nos peuples vient de là. Le malheur de l’Algérie a commencé là. Nous avons parlé des Romains et des chrétiens. Maintenant, parlons de la relation arabo-islamique ; la plus longue, la plus dure, la plus difficile à combattre.

- Parce qu’elle est constitutive de la culture du peuple ?

- C’est dur de lutter contre une telle couche d’aliénation. Pendant ces treize siècles, on a arabisé le pays mais on a en même temps écrasé le tamazight, forcément. Ça va ensemble. L’arabisation ne peut jamais être autre chose que l’écrasement du tamazight. L’arabisation, c’est imposer à un peuple une langue qui n’est pas la sienne, et donc combattre la sienne, la tuer.
Comme les Français quand ils interdisaient aux écoliers algériens de parler arabe ou tamazight parce qu’ils voulaient faire l’Algérie française. L’Algérie arabo-islamique, c’est une Algérie contre elle-même, une Algérie étrangère à elle-même. C’est une Algérie imposée par les armes, parce que l’islam ne se fait pas avec des bonbons et des rosés. Il s’est fait dans les larmes et le sang, il s’est fait par l’écrasement, par la violence, par le mépris, par la haine, par les pires abjections que puisse supporter un peuple. On voit le résultat.
Quand on prend Ibn Khaldoun... pourquoi on n’a jamais fait une édition populaire d’Ibn Khaldoun ? Je vous propose ça, maintenant : prenez L’Histoire des Berbères, faites une édition populaire d’Ibn Khaldoun. On me dit que c’est dur, etc. Il y a des côtés un peu ardus : les origines des tribus. Si on enlève ces pages-là, il y a des pages lumineuses sur l’histoire. Tenez, par exemple, quand on dit que ce peuple a apostasie douze fois... Ça prouve bien que la pilule n’est jamais passée.

- Il y a eu le phénomène des Bergwata, qui est une prise de conscience manifeste de ce que certains ont appelé une "forme de nationalisme nord-africain". Mais vous ne pouvez pas dire que ces faits culturels islamiques et, par voie de conséquence, arabes ne sont pas assimilés par le peuple. Ils sont partie intégrante - que vous le vouliez ou non - de la culture algérienne et du Maghreb.

- Je ne suis pas d’accord. Les gens croient parce qu’ils n’ont rien d’autre. Il y a beaucoup de choses à dire. Nous sommes pris dans un océan de mensonges. Nous avons un fil pour retrouver la vérité, il y a des siècles de mensonges, et Ibn Khaldoun, c’est très important, parce qu’il était en plein arabo-islamisme, mais il avait l’esprit scientifique.

[...]

Lire l’entretien : Yacine et Tamazight

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