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Civilisation amazighe
La fête de Yennayer : pratiques et présages
jeudi 11 janvier 2007
par Masin

"Ad ffɣen iberkanen, ad kecmen imellalen". Par cet adage est annoncé le premier jour de l’an "ixef useggwas" ou yennayer dans certains villages de Kabylie. Ce moment marque la séparation entre deux cycles solaires, passage des journées courtes, "noires" aux journées longues, "blanches" est fêté dans la quasi totalité des régions du Nord de l’Afrique. Dans son livre (1929), "La femme chaouia de l’Aurès", Mathéa GAUDRY, citant E. MASQUERAY, rappelle que yennayer est appelé "Ass n Ferɛun". (le jour du Pharaon). Selon la légende, "les Chaouis fêtaient ce jour-là la mort du Pharaon tombé dans la mer". Cette évocation populaire qui se nourrirait de la victoire des Libyens sur l’Egypte et de l’installation du Roi Chechonq 1er au sommet de la 22e dynastie pharaonique en 950 av. JC. D’ailleurs, en 1968, l’Académie Berbère, l’association berbériste, fondée en 1966 par Mohand Arab BESSAOUD à Paris, porta son choix sur cette date qui devint le point de départ de l’actuel calendrier berbère. Inscrit dans le mouvement de la revendication identitaire berbère du XXe siècle, l’usage de ce calendrier reste emprunt d’une valeur fortement symbolique et permet aux Imazighen de passer du temps cyclique de la tradition et du vécu à un temps linéaire, historique.
Ce bref rappel nous permet de noter que, désormais, le calendrier berbère relève de deux temps, le temps historique, objet d’une connaissance événementielle et le temps sacré qui repose sur la réactualisation des mythes qui contribuent à la structure de la société. Décrire les pratiques liées à Yennayer et les représentations sociales de cette période de l’année nous permettra d’oublier un moment la dimension événementielle pour nous intéresser au vécu et la quotidienneté nord africaine.

La lumière et l’abondance :

La veille de yennayer les femmes se chargent de recouvrir les murs à la chaux "aruccu s tumlilt" et changent le trépied du feu (lkanun). Dans l’Aurès ce rituel se fait deux ou trois jours avant yennayer et porte le nom de "bu ini" (jour du trépied). Le nettoyage intensif se termine par un grand coup "d’emezzir" (balai de bruyère). Afin d’assurer l’abondance de la nouvelle année, on verse des céréales entre les jarres en terre (ikufan). Cette notion d’abondance souhaitée et préparée pour conjurer le sort se retrouve dans le repas de yennayer dont le mets principal reste le couscous de blé. Le recours à la semoule d’orge est, ce jour-là, banni n’est-elle pas noire et ne constitue-t-elle pas en temps ordinaire le repas du pauvre ?
Le couscous est préparé avec une sauce à base de légumes secs, selon les régions, on mélange deux à sept légumes (pois cassés, lentilles, fèves concassées "abiṣar", haricots blancs, cornilles ou doliques à oeil noir, pois chiches...) et l’incontournable volaille. D’une contrée à une autre on propose des explications différentes au choix de la volaille. Certains diront, par son chant matinal, le coq annonce la naissance de la lumière (le lever du jour), d’autres expliqueront, par ses œufs, la poule incarne la fécondité donc l’abondance. Les croyances populaires méditerranéennes nous apportent d’autres éclaircissements sur cette préférence vouée à la volaille. Par exemple les Grecs et les Romains auraient adopté le coq comme oiseau protecteur ce qui s’apparenterait à l’usage d’"asfel" (offrande) dans l’ensemble de l’Afrique du Nord.
Dans la préparation des autres mets qui accompagnent le couscous, les femmes en appellent toujours à la prospérité et à la profusion, aussi composent-elles "uftiyen" ou "iɛrecmen", un mélange de céréales entières, passées à la vapeur ou grillées huilées, servies aux enfants le matin du 12 janvier (tasebḥit n yennayer) ou simplement jetées sur les arbres des jardins dans l’attente d’une bonne récolte. Selon les moyens dont disposent les familles, "uftiyen" sont complétés par un mélange de fruits secs disposés généreusement dans un plat en bois ou en terre mis sans restriction à la disposition des enfants. Dans la même journée de "amenzu n yennayer" (le premier jour de l’an), sont proposées plusieurs denrées à base de pâte qui lève ou qui s’étale, "lesfenǧ" ou "lemsmmen". Une pâte qui gonfle ou qui s’étend facilement annonce forcément une année riche et généreuse.


Les présages :

Le repas "imensi n yennayer" est servi dans le respect du nombre des membres de la famille élargie, on rajoute le couvert de l’absent, éventuellement "iminig" (le voyageur), la fille mariée et surtout du gardien de la demeure "aɛssas buxxam". La tradition exige que l’on ne vide pas les plats ce qui signifie que l’on ne doit pas avoir faim.
Dans la soirée, la maîtresse de maison dépose sur le toit quatre coupelles en terre remplies de sel représentant chacune les mois de yennayer, furar, meɣres et yebrir (janvier, février, mars, avril). Au matin de la journée de yennayer, le niveau d’humidité du sel annonce un mois arrosé ou non. En ce jour de yennayer, la nature est fortement mise à contribution, elle est observée et écoutée, aucun geste ne doit la contrarier car elle est porteuse de "lfal" (le présage). Ainsi la femme kabyle ou tachaouit vérifie scrupuleusement ce qui se trouve sous les pierres qu’elle ramasse pour renouveler le trépied de son "kanun", la présence d’un ver blanc laisse entrevoir la naissance d’un garçon, une herbe verte signifie une moisson abondante, les fourmis symbolisent l’augmentation du bétail...

L’ensemble de ces éléments plus ou moins perpétués ou simplement conservés dans les récits témoignent du caractère agraire du calendrier berbère.


Malha BENBRAHIM
Historienne spécialiste de l’oralité.



Bibliographie :
- Gaudry M ; La femme chaouia de l’Aurès ; LOPG, Paris, 1929
- Mercier G. ; Le chaouia de l’Aurès : Mœurs et traditions de l’Aurès, Paris, 1896.
- Servier J. ; Tradition et civilisation berbères, les portes de l’année ; Ed. du Rocher, Paris, 1985.



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2 Messages

  • La fête de Yennayer : pratiques et présages 19 janvier 2007 14:45, par Yidir Achouri

    Azul et tanmirt pour cet article fort intéressant.

    Cependant, on doit noter que la digression introductive sur "Ass n Feraoun" et l’histoire de Sheshonq 1er est plusqu’hasardeuse.

    En effet, il n’est pas logique que ce "Pharaon" qui se référerait selon l’auteur à la prise du pouvoir de l’amazigh Libyen Sheshonq en Egypte antique soit dénommé par des Imazighen des Aurès (comme mentionné dans l’article) par le nom arabe d’origine grecque "Feraoun".

    Sachant que Sheshonq a vécu 1 600 ans avant la venue des Arabes en Egypte puis en Afrique du Nord occidentale, il est à peu près impossible que des autochtones de l’Afrique du Nord conservent son souvenir selon cette terminologie étrangère et tellement postérieure. Si ce "Ass n Feraun" concernant rééllement le pharaon Sheshonq de la XXIIe dynastie, il le désignerait par un nom autochtone egyptien ou amazigh et non par le mot arabe "Feraoun".

    L’indication donnée par Masqueray que les Imazighen des Aurès font se correller ce "Ass n Feraoun" avec la "mort du Pharaon noyé dans la mer" nous renvoie bien évidemment à la légende biblique reprise dans le Coran de la noyade dans la Mer Rouge du pharaon poursuivant Moïse (Moussa en arabe) et les Hébreux s’enfuyant d’Egypte.

    Il est donc évident que l’"ass n Feraoun" encore célébré au début du XXe dans les Aurès se réfère à cette légende bilico-coranique (comme le montre l’emploi du terme arabe coranique "Feraoun") et non à Sheshonq Ier et sa XXIIe dynastie dont tous les historiens nous montrent que l’impact fut nul sur l’histoire des Imazighen.

    Yennayer n’a aucun rapport avec le pharaon Sheshonq en particulier ni avec l’Egypte en général.

    La datation inventée par l’Académie Berbère, bien qu’intéressante d’un point de vue symbolique, est complètement farfelue d’un point de vue historique et anthropologique.

    Cordialement.

  • pourquoi parles t-on de nous comme si on etaient une tribu amazonienne, qu’on vient de découvrir, lisez l’histoire c’est tellement simple de l’atérien, ...massinissa ....St Aug..donatisme...kharéjime.....à ceux là qui vivent loins de notre chantier et veulent nous refaire notre mémoire, ceux là même qui oublient que notre nation a été violontée dans son âme par le colonialisme, nous somme un peuple et une civilisation nous avons evoluer et nous evolueront, laissez nous prendre l’envergure qui est la notre, pourquoi ce regard .......ça fait longtemps qu’on ne mange plus la Talghouda, on fêtera des yennayers, je suis des beni snouss et aujourd’hui on met des masques en plastique importés de chine, vous ne voulez quand même pas qu’on se remmette à se grimer. ne me dites qu’est tout juste de la recherche c’est tellement insidieux sur nos capacité à géérer nous même notre capacité à eller vers la modernité en recupérant ce que nous avons comme back ground et le propulser vers les temps à venir. vous parler d’un peuple qui a toutes les strates qui on fait ce monde, un peuple dans toutes ces diversités qui à enfanter de l’universel, ne nous rapetisser pas. ce regard anthropologique, quel horreur quand il s’agit des sien de soi. yennayer se raconte comme les autres choses de la vie ( la notre), sans plus