Accueil > Varia > La poésie de Hawad : comment résister à la dépossession de (...)
La poésie de Hawad : comment résister à la dépossession de soi
mardi 5 avril 2011
par Masin
Houle des horizons, voici le titre du énième attentat poétique que Hawad [1] vient de commettre.



Ce recueil paru en février 2011 aux éditions Non-lieu, est traduit du touareg par Hawad et Hélène Claudot-Hawad [2], chercheuse et directrice de recherche au CNRS. Il est à la fois un ouvrage de poésie, pure, et un livre sonore (CD) en Tamajaght. Notre poète peint avec brio sa "furie", par des "avalanches" de mots pour signifier au monde les maux et le désastre des horizons coupés. Il martèle sans relâche le visage défiguré de son biotope, un territoire "balafré" par des frontières arbitraires, un air pollué et "nucléarisé" par les essais atomiques français des années 60, un peuple colonisé, décolonisé ( ?) et "re colonisé", Hawad n’abdique pas. Il titille les consciences, chatouille les sensibilités, dénonce, comme à chaque fois, cette soif dévorante de l’ogre, celle de consommer plus et de briller plus au détriment d’un peuple et d’une culture, nés libres et qui tiennent à le rester, les Imujaghs. L’ogre, c’est l’Occident, c’est la France, cette patrie des droits de l’Homme qui se plaint toujours que son grenier n’est pas plein.

La furigraphie de Hawad est un tsunami de mots et de verbes qui déchirent le silence, le silence du désert perdu, dit-on. Le silence d’un désert écrasé sous des engins mécaniques à la recherche d’un atome d’uranium pour qu’en France et en Navarre la lumière soit. Le silence des hommes libres sans horizons privés de nomadisme "Ah si je pouvais tout seul - prendre le haut du désert - bourrasque houle horizon – bourrasque pénétrant l’horizon – jusqu’à avaler de travers le silence – écho du néant à venir – sans homme en vue", dit Hawad.

Areva [3] "la française" ce n’est pas la belle au bois dormant, mais cette sorcière qui pilonne les entrailles de Kawsan [4] et qui profane "les crânes fossilisés" des ancêtres à la recherche de cette particule atomique tant convoitée et sur laquelle l’Ogre veille farouchement. Après le massacre écologique du pays touareg sans équivalent, après une violence et une agression psychologique sans nom, l’Ogre "s’offre" une guerre clé en main (avec l’aval de l’ONU) comme un enfant une console de jeu pour libérer des peuples en lutte ose-t-il nous le faire croire. Le monde moderne ne s’est pas totalement débarrassé de ses réflexes et de ses pratiques primitives. La puissance des uns écrase – toujours - la faiblesse des autres, et cela ne semble déranger aucune conscience ni de gauche ni de droite ni même Verte. Cet ordre mondiale régis par le poids des rapports de force n’est ni juste ni équitable. Il est tout simplement indécent !

Hawad refuse le renoncement et la fatalité. Hawad ne capitule pas, il mobilise, ses armes-mots pour perpétrer des embuscades poétiques et tenter de débusquer l’Ogre pour redonner vue, la vue des horizons infinis. Hawad a la solution de son équation : même si son combat est inégale, entre celui du matériel et de l’immatériel, celui du sens et du non-sens. Il y croit. Il a raison de l’être, le poète se nourrit d’espoirs. Alors, l’une des choses à faire, cher lecteur, c’est de lire et de faire lire Hawad.


Mestafa G’idir .

PS. Selon les dernières nouvelles, l’ouvrage de Hawad serait remboursé par la sécurité sociale malgré la ferme opposition d’Areva.


Mestafa g’Idir


hawad

Notes

[1Hawad est écrivain et artiste Peintre touareg, auteur de nombreux ouvrages dont certains sont traduits dans plusieurs langues.

[2Hélène Claudot-Hawad est Anthropologue et Chercheur au CNRS, elle travaille sur le monde Touareg depuis plus de 30 ans. Hélène Claudot-Hawad est Anthropologue et Chercheur au CNRS, elle travaille sur le monde Touareg depuis plus de 30 ans.

[3Areva : groupe industriel français spécialisé dans les métiers de l’énergie nucléaire.

[4Kawsan, Touareg noble des Ikazkazen de l’Aïr, leader du soulèvement général des Touaregs contre la colonisation française (1916 et 1918). Ce projet de lutte mobilisa les cinq grands pôles politiques touaregs. Il inspira une grande crainte aux autorités coloniales qui déployèrent pour le combattre des moyens à la hauteur de cette peur (Camel, 2003). Le nom de Kawsan est devenu synonyme de cette époque marquée par la guerre, la résistance, l’exil et une répression extrême ; après la révolte, la démographie de l’Aïr avait diminué de moitié

Articles dans la rubrique :

Varia
31/01/12
7
Un combat pour l’existence du peuple touareg, celui pour l’existence de la langue touarègue, (...)

Lire l'article

19/12/11
5
La journée internationale de solidarité avec Imazighen de Libye en lutte est une réussite. Cinq (...)

Lire l'article

15/12/11
0
Paris, Rennes, Montréal, Ottawa, New-York, Boston... verront des rassemblements de solidarité (...)

Lire l'article


Rejoignez nous