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Dossier
Printemps Berbère
mercredi 10 mars 2010
par Masin
A l’approche du 20 avril, date anniversaire du Printemps berbère, et comme nous le faisons chaque année, nous (re)mettons en première page de notre site le lien vers le dossier "Tafsut n Imazighen" qui comprend un certain nombre de documents de référence sur le Printemps berbère.
Ce dossier sera certainement utile à nos internautes pour une meilleure compréhension et connaissance de ce qui a fait le Printemps berbère en Kabylie en 1980. Cette date qui reste historique dans la mesure où elle a joué un rôle très important dans le réveil identitaire des Imazighen à travers l’ensemble de Tamazgha.


Pour comprendre la genèse de cette révolte qui a bouleversé -sans en en finir- l’ordre politique algérien et a donné un bol d’oxygène à l’ensemble des Imazighen et des Kabyles en particulier, il n’est pas inutile de savoir ce qui s’est passé jour pour jour lors de ce Printemps 1980.

Rachid Chaker nous a laissé l’un des rares écrits traitant de cette période. Etant un des acteurs de cette révolte (il fut enseignant en économie à l’Université de Tizi-Ouzou), il avait tenu un Journal et chaque jour, de mars à juin, il notait l’essentiel des évènements qui avaient marqué aussi bien la Kabylie que l’Algérois qui était dans une certaine mesure impliqué dans cette révolte de 1980. Ce Journal, réédité dans le numéro spécial de la revue de Tamazgha "Imazighen ASS-A" paru en avril 2000, vous est proposé dans ce journal avec d’autres documents relatifs à cet évènement. C’est une façon, pour nous, de mettre à la disposition des internautes des éléments de compréhension de la genèse du déclenchement de Tafsut n Imazighen qui a joué un rôle déterminant dans l’évolution de la question amazighe.

La Rédaction



L’article ci-dessous est publié sur notre site en avril 2004.



Le printemps de tous les espoirs




Le Printemps 1980 a été un tournant décisif pour la revendication amazighe en Kabylie. Si jusque là le régime algérien, bâti par le dictateur Boumédiène et son équipe issue principalement de l’armée des frontières et des officiers algériens de l’armée française ayant rejoint le FLN en 1960-61, a muselé la Kabylie et a systématiquement réprimé Tamazight, le Printemps 1980 est venu "bouleverser" la situation en Kabylie : il a ouvert la voie de la protestation populaire. Ainsi, pour la première fois, sous le régime arabo-musulman d’Alger, les Kabyles sont sortis massivement dans les rues de la Kabylie pour dénoncer le régime et crier haut et fort leur ral-le-bol. Pour la première fois, ils ont dit publiquement et massivement non à l’arabisation et ont affirmé leur amazighité qu’ils sont décidé à défendre.

Si le Printemps 1980 avait ouvert les voies de la protestation en Kabylie, c’est par ailleurs l’ensemble de Tamazgha à qui cette révolte kabyle avait bénéficié. Le vent de la liberté avait donc commencé à souffler.

Pour en arriver là il a fallu des années de travail, de sensibilisation et de combat sur divers fronts. Il a fallu des actions comme celle de Haroun et ses camarades en Kabylie et dans l’Algérois ; celles de Bessaoud et ses amis à Paris ou celle plus culturaliste et universitaire de Mouloud Mammeri et nombre de jeunes étudiants kabyles notamment à l’Université d’Alger. Il a fallu également l’action de certains artistes (poètes, chanteurs, ...). Tout ce monde avait contribué d’une manière ou d’une autre à faire vivre tamazight et surtout à résister au rouleau compresseur de l’arabo-islamisme ayant programmé l’assimilation des Imazighen et l’éradication de Tamazight.

Mais le rôle de l’Université de Tizi-Ouzou a été tout de même déterminant dans le déclenchement de la révolte d’avril 1980 qui a coûté cher au régime algérien.

Nombreux étaient les collaborateurs de Boumédiene, en 1978, à dire que l’ouverture d’une université en Kabylie ne pouvait être qu’une bombe à retardement. Ils n’ont pas eu totalement tord puisque deux ans après l’ouverture de cette université, cette dernière fait descendre toute la Kabylie dans la rue pour défier le pouvoir en place.

En effet, l’Université de Tizi-Ouzou avait permis à bon nombre d’étudiants kabyles de se retrouver et surtout de mener une réflexion commune quant à leur existence et celle de leurs identité, culture et langue. La première chose à laquelle les étudiants kabyles de l’époque se sont attaqué c’est la récupération du pouvoir au sein de l’Université. Ils ont mené un combat pour leur autonomie ; pour l’autonomie de gestion des affaires de l’université qui sont avant tout leurs affaires. Une lutte acharnée s’est engagée entre eux et l’administration dépendant directement du FLN et de ses organisations de masse s’est très vite instaurée à Tizi-Ouzou. Les étudiants voulaient jouir d’une autonomie dans la gestion des affaires de l’Université. Ainsi, par exemple, pour l’animation culturelle, les étudiants voulaient que cette tâche leur revienne et que de toute façon la démocratie doit s’instaurer : les étudiants doivent décider en toute démocratie quant à leurs représentants et sur le contenu et la nature des activités à organiser. Et c’est ainsi que les étudiants, malgré qu’ils n’avaient pas pu se doter de la souveraineté souhaitée pour prendre leurs affaires en main, arrivaient à faire passer et imposer un certain nombre de choses.

Bref, les autorités algériennes étaient embarrassées par cette affaire et elles avaient du mal à contrôler cette volonté kabyle décidée à bouleverser l’ordre "établi". C’est ainsi que très vite des activités ayant trait à la question berbère ont été programmées par les étudiants.

En 1980 sortait l’ouvrage "Poèmes kabyles anciens" de Mouloud Mammeri en France. Les étudiants de Tizi-Ouzou avaient prétexté de cette parution pour inviter Mouloud Mammeri à l’Université dans le but d’animer une conférence sur la poésie kabyle. Après moult négociations, les étudiants avaient réussi à programmer la conférence pour le 10 mars 1980.

Les autorités algériennes voulaient à tout prix faire en sorte que l’activité n’ait pas lieu : il n’était pas question que les étudiants rencontrent Mouloud Mammeri. La sécurité militaire (S. M.) n’était pas dupe et imaginait bien ce que ce genre d’activités pouvait engendrer. Ils savaient que la poésie n’était qu’un prétexte pour instaurer un débat qui n’est pas le bienvenu pour eux.

Un bras de fer s’était alors instauré entre les étudiants kabyles et les autorités algériennes. N’ayant pas pu dissuader les étudiants ayant maintenu la programmation de la conférence, les autorités algériennes passent à la vitesse supérieure, après les intimidations et les différentes méthodes policières, et empêchent Mouloud Mammeri d’atteindre l’enceinte universitaire ce 10 mars 1980. Il fut intercepté à l’entrée de la ville de Tizi-Ouzou, conduit chez le wali (préfet) et fut invité à faire demi-tour et, surtout, ne pas tenir la conférence.

C’est la goutte qui a du faire déborder le vase. Et la voie est ouverte aux étudiants qui n’avaient pas hésité à déclencher les hostilités. Il a fallu cela pour que les étudiants passent, eux aussi, à une autre vitesse.

La détermination des étudiants à tenir cette conférence et celle des autorités à mettre une limite à cette "agitation" qui remet leur système en cause a fait que la tension n’a cessé de monter et chaque jour qui passe c’est un pas vers le clash entre les deux parties.

Pour comprendre la genèse de cette révolte qui a bouleversé -sans en en finir- l’ordre politique algérien et a donné un bol d’oxygène à l’ensemble des Imazighen et des Kabyles en particulier, il n’est pas inutile de savoir ce qui s’est passé jour pour jour lors de ce Printemps 1980.

Rachid Chaker nous a laissé l’un des rares écrits traitant de cette période. Etant un des acteurs de cette révolte (il fut enseignant en économie à l’Université de Tizi-Ouzou), il avait tenu un Journal et chaque jour, du mars à juin, il notait l’essentiel des évènements qui avaient marqué aussi bien la Kabylie que l’Algérois qui était dans une certaine mesure impliqué dans cette révolte de 1980.

[...]
Un dossier est dédié au Printemps 1980 "Tafsut n Imazighen". Nous y avons reproduit notamment le numéro spécial de la revue de Tamazgha "Imazighen ASS-A" paru en avril 2000. Nous avons aussi reproduit des documents important (déclarations, communiqués, ...) rendus public à cette époque.

Nous estimons ainsi avoir contribué à mettre à la disposition des internautes des éléments de compréhension de la genèse du déclenchement de Tafsut n Imazighen qui a joué un rôle déterminant dans l’évolution de la question amazighe.

Ufrin.




- Dossier "Tafsut n Imazighen"

- Chronologie des évènements d’avril 1980 en Kabylie


Chronologie des évènements du Printemps berbère en Kabylie en 1980 :

- Du 27 mai au 1er juin 1980
- Du 23 au 26 mai 1980
- 22 mai 1980
- 20 et 21 mai 1980
- Du 16 au 19 mai 1980
- Du 5 au 15 mai 1980
- 3 mai 1980
- 1er mai 1980
- Du 21 au 28 avril 1980
- 21, 22, 23 et 24 avril 1980
- Dimanche 20 avril 1980
- Samedi 19 avril 1980
- Vendredi 18 avril 1980
- Jeudi 17 avril 1980
- Mercredi 16 avril 1980
- Mardi 15 avril 1980
- Lundi 14 avril 1980
- Dimanche 13 avril 1980
- Samedi 12 avril 1980
- Vendredi 11 avril 1980
- Jeudi 10 avril 1980
- Mercredi 9 avril 1980
- Mardi 8 avril 1980
- Lundi 7 avril 1980
- Dimanche 6 avril 1980
- 5 avril 1980
- 4 avril 1980
- Du 26 mars au 1er avril 1980
- Du 9 au 25 mars 1980


- Dossier "Tafsut n Imazighen

- Tafsut n Imazighen : Le Printemps berbère
- Lettre du CDDCA adressée à Georges Marchais
- Tract du Comité anti-répression de Tizi-Ouzou
- Maître Mécili réagit sur TF1 à propos des événements d’avril 1980 en Kabylie
- Réponse des étudiants de Tizi-Ouzou au télex du ministère algérien...
- Motion des étudiants d’Alger
- Communiqué du ministère algérien de l’enseignement supérieur et de la recherche
- Avril 1980 : Le CDDCA appelle à un rassemblement à Paris
- Tract du CDDCA diffusé le 7 avril 1980 à Paris
- Appel à la grève du 16 avril 1980
- "Contre les atteintes aux droits culturels en Algérie"
- Déclaration des 24 détenus de la centrale de Berrouaghia
- Avril 1980 : Lettre ouverte à Chadly Bendjedid


- Communiqués du CDDCA :
- Communiqué n° 1
- Communiqué n° 2
- Communiqué n° 3
- Communiqué n° 4
- Communiqué n° 5
- Communiqué n° 6
- Communiqué n° 7
- Communiqué n° 8
- Communiqué n° 9
- Communiqué n° 10
- Communiqué n° 11


-Les évènements des 1981 :

- Lettre à la communauté universitaire de Tizi-Ouzou
- Les détenus de Bgayet écrivent à Chadli
- Déclaration des 22 détenus de l’Université d’Alger
- Les mouvements d’avril 1980 et de mai 1981 : des piliers de la conscience kabyle d’aujourd’hui : Entretien avec Gérard Lamari

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