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Portrait
Muhand Saidi : L'art est liberté et n'agit que dans la liberté ...
vendredi 15 avril 2005
par Masin
A 41 ans, Muhand Saïdi, artiste-peintre, sculpteur, calligraphe et caricaturiste, crée comme il respire. Homme libre, il a fait de son art un moyen de lutte pour l’amazighité et contre l’arabo-islamisme.


"J’habite dans mon atelier", nous lance Muhand comme pour s’excuser du désordre, son éternel sourire d’enfant timide aux lèvres. Il nous installe dans sa cuisine, faute de place dans le salon jonché de livres, de revues, de tableaux de peinture, de calligraphies et de toiles encore inachevées.

Des portraits de Lounès Matoub et des objets d’art ornent les murs de sa minuscule maison à Imtghren. C’est ici que cet enseignant de l’éducation plastique au collège passe des nuits entières à dessiner, à crayonner, à peindre, à écrire et à décortiquer les secrets d’un alphabet venu des fonds des âges : le Tifinagh.

Après des années de persévérance, de voyages et de recherches, cet infatigable enfant d’Aït Tidjit a réussi à faire de l’alphabet amazigh un outil extraordinaire d’expression des espoirs et des déceptions de tout un peuple.

Regard évasif, Muhand évoque ses débuts. "Ma passion pour le dessin a commencé alors que j’étais encore tout petit. Face au refus de ma famille, j’ai exercé "clandestinement" avec la complicité de mes amis de classe. Ils me cachaient les dessins en contrepartie de crayons de couleur que je leur offrais".

Et Tifinagh ? "Mon vrai engagement a commencé au lycée en 1987 avec le premier contact effectif et affectif avec la graphie amazighe". Mais, note Muhand, "ce n’est que plus tard que j’ai pensé à politiser mon art pour qu’il soit au service de la cause du peuple berbère. Mon engagement m’a poussé à développer plusieurs autres techniques d’expression, notamment la caricature pour évoquer les problèmes politiques dont souffrent ma langue, ma culture et mon peuple sur leur propre terre, Tamazgha".



Bouleversement.


Depuis déjà des années, Muhand n’a de cesse de développer une expression multiforme et polyvalente. Il tente avec succès de mettre en synergie des expressions et des techniques diverses.

Fort de son attachement viscéral aux valeurs ancestrales et à la cause de son peuple, il a réussi à construire un style unique qui lui est propre et à se distinguer dans les milieux artistiques amazighs. Sa distinction, son audace et ses idées dérangent et choquent parfois son entourage.



En juin 1998, le jour même de l’assassinat de Lounès Matoub, il peint avec son sang mélangé avec de la peinture un tableau à la mémoire du poète au sang trahi (voir tableau "le sang de Lounès..."). Muhand avait utilisé son corps comme matériau pour la création de l’une des plus singulières de ses œuvres. La suite n’est que lutte acharnée contre la falsification de l’Histoire, l’arabisation forcée, le mensonge, la lâcheté et la servitude des Berbères de service. Sa caricature très controversée "Imazighen répondent à l’IRCAM" parue sur Tamazgha.fr suscite toujours la polémique. Ses nombreux détracteurs, choqués, lui reprochent sa "cruauté". D’autres lui témoignent son courage extraordinaire.

"Sans choc, nous confie l’artiste, il ne peut y avoir d’art. Il faut que l’œuvre soit capable de dérouter le spectateur et de bouleverser sa façon de penser et de concevoir le monde. Le choc éveille".


L’art, une manière d’être

"L’art, explique-t-il, est un dialogue avant tout. Il est liberté et n’agit que dans la liberté".
Pour lui, "Liberté veut dire surtout prise de conscience. En prenant conscience de son rôle en tant qu’artiste créateur, ce dernier met en valeur l’art, la culture et la civilisation ancienne et contemporaine de son peuple. Cette mise en valeur englobe essentiellement la recherche, l’étude et l’analyse etc."

Artiste subversif ? "Non ! L’art est une nécessité publique, un bien commun nécessaire à l’être humain qui doit être intégré dans les cursus scolaires afin de permettre aux enfants de s’épanouir et de s’exprimer en toute liberté".

"Loin de la subversion, l’art, poursuit-il, est une manière d’être et d’être libre. Etre artiste, c’est être le témoin de sa propre vie, de son temps et de son appartenance socio-culturelle".
"L’acte créateur est pour moi un événement, un acte conscient et une quête permanente des racines", dit-il.
"Je ne crée pas dans la souffrance mais dans le questionnement. L’art c’est l’harmonie et le rythme de ma vie. Il est lié à moi".

Jaloux de sa liberté, Muhand est catégorique : "J’aime bien rester indépendant du pouvoir et des circuits officiels qui abrutissent l’artiste. L’artiste créateur engagé, surtout amazigh, est condamné à être en lien permanent et direct avec la société, à créer, à changer et à approfondir perpétuellement ses recherches". L’officialisation de l’art l’assassine.


A. Yafelman.




Quelques œuvres de Muhand Saïdi



Tudert n Imaziγen tuli s idammen



Traces



Traces



MZΓ dder d amaziγ



Alphabet Tifinagh

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7 Messages

  • Le portrait de l’artiste comme militant !

    Le portrait que vient de signer Yafelman pour Muhand est un portrait d’un vrai artiste pour un non moins autre vrai artiste, l’art étant aussi écriture. Les deux amis et, entre autres camarades de lutte, fusionnent plume et pinceau et nous livrent un "assemblage" sous-forme d’une oeuvre d’art qui anime l’imaginaire et réchauffe le coeur. L’art y est, mais l’engagement également. L’engagement dans sa noblesse. La noblesse dans son Amazighité. Ayyuz et Muhand d Yafelman.

    • Muhand SAIDI objectivité bien superieure ,vrai tissu d’idées. Tes oeuvres immenses :surprit : qui ont une grande valeure et qui illustrent des périodes (...)comme une vérité... c’est un luangage plastique significatif. je tiens a remerci notre grand artiste"AYYUZ Muhand" je remerci aussi ce lui quia ecris Bien Bien ce portrait ainsi l’Equipe de site Tamazgha et tout les vrai millitants ... Tudert i Tmazight Tudert i Tmazgha libre et démoKrate
      • azul dda mohnd 25 avril 2005 20:14, par hassan
        azul felak a aslman ngh tanmert nk xf uydgh n les tableaux , hat yan umddakl nk aya sg kelaa mgouna ex-amlmad g imtghrn azzuz nk tudert i timmuzgh hassan sg assif n dadés
  • Azul, je suis étudiant a Fès. je connais depuis des années Muhand et son ami, le militant-journaliste "U-Yafelman" qui se cache derrière "Yafelman". je me rappelle des tableaux de premier qui m’ont marqué a jamais et des interventions de second dans les années 94 et 95 qui a toujous refusé de parlé arabe dans les interminables cercles de discutions a la fac de Meknes surtout pour exprimer son refus a l’idéologie arabo-islamiste. C’était (et demeure) l’ennemi n 1 des arabistes et des islamistes par ce qu’il a toujour utilisé deux langues qu’il maitrise parfaitement, Tamazight et le francais (pour l’anecdote, il disait que l’arabe classique n’est pas une langue...ce n’est que plutard que j’ai compris ce qu’il veux dire par la). merci de nous avoir donné confiance en nous même. Muhand nous faisait vibrer avec la force de ses tableaux et Yafelman par ses discours...la belle époque. le journaliste ne parle plus et Muhand aussi. l’un peint et l’autre écrit écrit et écrit tout le temps. quant les deux se rencontrent ils font de bonnes choses. la preuve : l’article que vous aves lu. ayuz lho, ayyuz muhand et que vive l’écrtiture lahcen de Barcelone pays Catalan
    • azul,muhand est quelqu’un qu’on peu pas decrire,quand j’ai vu sa photo ici sur le site,malgre la resistence ,j’ai pleure car j’ai pas dis adieu a muhand quand j’ai quitte le pays car j’avais espoir de revenir tres vite.muhand tu es toujours la ds notre coeur,ta patience,ton engagement,tes voyages,ton sacrifice,ayuz dda muhand youssef aqay dhi barcelona .tudart i mazighen amacnaw muhand
    • voilà quand on parle de l’art en general le mediocre du politicard s’estompe.muhand tu as été toujours fidele a toi meme , meme si ton ton travail s’insere dans une logique de recherche artistique en derniere instance quelle beauté que de voir l’amazigité structurer les toiles de fonds de ton oeuvre et de ton ame.tu es un monument vivant pour tous ceux qui t’ont connu a fes ; oujda ; le nord le sud le centre et meme par dela les frontieres.l’artiste dans sa territorialité et dans son universalité sans oublier ta bonté et ton humanisme.nous te devons tous une chose muhand:c’est la reconnaissance et la fidelité ; temoin que tu es finalement de toutes les vibrations qu’a connu le coeur de l’amazighité de ce coin de tamazgha du coucher du soleil.tu as su aussi comment des coeurs sont malades ; comment aussi se vit l’exil au sein des siens surtout quand les options politiques sont louches et laches.alors t’inquiete pas dda muhand ; c’est que apres tout ; tout compte fait ; TOUT LE RESTE EST LITTERATURE- ART.hé muhand nous nous rencontrerons un jour autour d’un feu de joie comme nos ancetres pour chanter et peindre la belle toile d’un matin qui effacera les bribes d’une longue et dure nuit.ayyuz a toi et aux artistes rares comme toi. win tessened. ameghnas.
  • azul khawan marra emazaighan mani mathajam ntchkarikan atas azugh yij nprograma mara thkhsam azugh chan nasit adyie dis mamach ghatharid smazight natqadachkom atas
  • Azul a gwma Muhand Saîdi

    Ayyuz nek(félicitations)
    Je tiens à te rendre un vibrant hommage de passage par Tamazgha.J’ai beaucoup apprécié tes tableaux et je te souhaite une bonne continuation,inspiration et satisfaction.Etant moi-même artiste peintre,poète et sculpteur,je trouve ton art sincère et ancré dans le milieu Amazigh.Continue et que ton art puisse vivre par toi et soit pour nous tous Imazighen source d’inspiration d’admiration et de lutte pour notre reconnaissance par autrui.
    Ton frère Farid Mohamed Zalhoud
    Aday Tafraout Maroc Tamazgha

  • salut muhend labbass mayt3nid i3jbi bzzaf tari9a n ta3bir nak righ adakinigh yat lha9i9a robama ortstssind chehal aya or nmyanay 12 ans 3lihal agd nk latirigh lfane music d rassme saraha nta sabab tafid adirigh rassme tdid zirgh s tadart trssamdi bande dessine TOP1 fait la soupe dghi labass ghifi g l fane ardla samhi s lfarha orak nigh mata nk nk memiss n mohend adrghal tidjit.mstafa. dghi hayi g Tanja lasghragh gan centre espagnol la music d l math phisyc.mon e mail alpha.x3 hotmail.com