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Pouvoir de l’islam en France...
Affaire Bergham : Qui ne dit mot, consent !
dimanche 14 août 2005
par Masin
Mon profond soutien aux trois enfants d’Amar Bergham [1], inhumé suivant le rite musulman par jugement du Premier Président de la Cour d’Appel de Paris, rejetant ainsi la liberté de conscience d’un homme qui avait émis le souhait de se faire incinérer.

Le 13 Mai 2005, un homme décède. Ses enfants souhaitent faire procéder à l’incinération du corps de leur père, selon sa dernière volonté. Pour faire défense aux trois enfants de procéder à l’incinération et obtenir ainsi l’inhumation du corps dans le carré musulman, son ex-épouse introduit une procédure en référé, par le biais de son avocat, mandaté par la Ligue islamique du Nord (membre de l’UOIF [2]). Ce dernier émet un avis religieux précisant que "seule une autorité judiciaire musulmane dans un pays musulman doit définir et vérifier les causes de l’apostasie d’une personne". Saisi par ces derniers, le tribunal d’instance de Lille donne raison aux enfants. L’ex-épouse a vingt-quatre heures pour faire appel. Hélas, lorsqu’elle se rend au tribunal pour déposer son pourvoi, elle trouve porte close. Nous sommes le samedi 21 mai et l’administration est en week-end. Lundi, la cour jugeant le délai dépassé, déclare l’appel irrecevable. Celle-ci saisit alors la Cour de cassation qui, admettant l’empêchement, transmet le dossier à la cour d’Appel de Paris pour un jugement sur le fond.

Alors que le tribunal de Lille et la Cour d’Appel de Douai donnaient raison aux enfants de M. Bergham de faire procéder à l’incinération du corps de leur père, la Cour d’Appel de Paris a au contraire estimé que si Amar Bergham ne pratiquait pas de manière régulière la religion musulmane, il était de "tradition musulmane" et qu’il n’avait pas fait le choix "d’un mode de funérailles ayant un caractère irréversible, violent et contraire à sa tradition". La cour d’appel de Paris s’est donc prononcée en faveur de l’inhumation d’Amar Bergham et non pour l’incinération (Enterrement d’Amar Bergham dans le carré musulman du cimetière de Lille sud - F3 NPDCP).

Femme de culture musulmane, comme certaines et certains sont de culture judéo-chrétienne, si aujourd’hui, j’affirmais haut et fort que ma nouvelle adhésion spirituelle est l’athéisme et que mes dernières volontés seraient celles de me faire incinérer, au nom de quoi la Justice se prononcerait-elle pour m’offrir “un mode de funérailles à caractère irréversible, doux et en accord avec ma tradition”, qui du coup disqualifierait mes souhaits de mon vivant ? Au nom de quoi ? Au nom de qui ? Ou devrais-je écrire, pour le compte de qui ? Je suis affligée par la décision de cette Justice française qui a brigué l’apaisement politico-religieux au détriment du respect de la dernière volonté d’un être humain, lui préférant les quatre volontés de quelque autre. Tout pareillement, je suis consternée par l’inertie des associations laïques, des organisations de droits de l’homme, etc.

Je n’aurais donc, moi non plus, pas le choix. Moi, qui n’ai de cesse de clamer que le libre-arbitre habite en chacun et chacune de nous quelles que soient les conséquences qu’il pourrait engendrer ; que dans le choix, il y a quelque chose d’absolu : exister en tant que Soi au sein d’une famille, d’une communauté, d’une société, de l’humanité ; que la liberté de conscience est un droit individuel et absolu à l’autodétermination morale, un droit inaliénable.

Le débat qui a violemment secoué la France l’an dernier, au moment même de la célébration du centenaire de la loi sur la laïcité, aurait pu être en quelque sorte un débat préparatoire. Pourtant, le débat sur la scène publique s’est éteint ou apparaissant sporadiquement. Et puis il s’est tu, rendant impossible la moindre réflexion, dans une remarquable mise sous silence orchestrée par ceux qui veulent de ce monde sous emprise religieuse pour toujours et d’une humanité sans conscience individuelle à jamais.


Terna Hajji


N. B. Une version de ce texte a été envoyée au Quotidien français "Libération" et elle n’a pas été publiée !

Notes

[1Amar Bergham, d’origine algérienne, né à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), était citoyen français et avait acheté une concession dans un crématorium, signe manifeste de sa volonté de se faire incinérer...

[2Union des organisation islamiques de France

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2 Messages

  • > Affaire Bergham : Qui ne dit mot, consent ! 14 août 2005 17:24, par zdeghda
    le jacobinisme s’est marié avec l’absolutisme ; et ce couple infernal n’a que la volonté de soumettre tout individualisme, signe d’insoumission ou d’apostasie pour parler religieusement. la justice française perd parfois son indépendance. c’en est le cas ici, alors que le citoyen a bien choisi sa voie les bandes intolérantes s’entêtent à remettre leur "ordre" et à le protéger.quand l’eau stagne elle pue !
  • je suis concerné de près par cette affaire...MERCI !!! enfin quelqu’un qui cherche a dire la strict vérité.

    Honte a liberation qui ne raconte que des déformation de la réalité afin que cela convienne a une éspèce de minorité extremiste qui n’a pas fini de faire parler d’elle si on la laisse agir ainsi !!