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Réaction aux propos de M. Harrouz sur Rachid Ali-Yahia...
lundi 2 février 2009
par Masin

En visitant votre site Internet, j’ai pris connaissance du commentaire de Mohand HAROUZ, relatif à la conférence-débat du 25 octobre 2008 sur "la crise dite berbériste de 1949", animée par Rachid ALI-YAHIA, à votre invitation.

Ce commentaire, qui se veut circonstancié, prend, à mon sens, de trop grandes libertés avec la réalité des faits, pour le passer sous silence. J’ai moi-même assisté à cette conférence et je souhaite vous adresser quelques observations.

J’ajoute, dans un souci de clarté, que je m’honore d’avoir rencontré Rachid ALI-YAHIA, avec qui, j’ai beaucoup appris.

Au cours de sa conférence, Rachid ALI-YAHIA n’a jamais prétendu, à aucun moment, comme le soutient imprudemment Mohand HAROUZ, "avoir précédé dans le mouvement indépendantiste algérien" Omar OUSSEDIK et Hocine AIT AHMED, au demeurant plus âgés que lui.
Il n’a jamais remis en cause la sincérité de leurs engagements au sein du PPA, ni affirmé avoir "appartenu à l’équipe dirigeante du district de Kabylie".

De même que "l’écrit" de l’historien Benjamin STORA, auquel il semble conférer le caractère sacré des Saintes Ecritures, ne saurait constituer une preuve irréfutable sur le fait que Hocine AIT AHMED aurait "intégré" Rachid ALI-YAHIA dans le PPA/MTLD. L’historien se contente de rapporter, sans les vérifier, les propos tenus, sans doute, par Hocine AIT AHMED lui-même.

A vrai dire, dans son intervention, Rachid ALI-YAHIA s’est attaché à mettre en relief l’existence, en Kabylie, d’une cellule autonome au sein du PPA. Autour de Ali LAÏMECHE, de Ouali BENNAÏ et de Amar AÏT HAMOUDA, une poignée de militants, dont Rachid ALI-YAHIA, s’étaient regroupés à l’insu de la direction du PPA. Ce groupe de militants portera un soin particulier à ne pas attirer l’attention de Omar OUSSEDIK et de Hocine AIT AHMED avec lesquels des différences d’affinités ont fini par se révéler.

Le conférencier a tenu à mettre en évidence le rôle éminent joué par Ali LAÏMECHE dans la perception de l’inanité du credo pan-arabiste du PPA. Il a évoqué leurs tâtonnements successifs dans la prise de conscience progressive de la dimension berbère de l’Algérie, dans son ensemble, de la nécessité de son affirmation et de sa prise en compte.

La crise berbériste de 1949, déclenchée à l’initiative des dirigeants du PPA, trouve Rachid ALI-YAHIA à la tête de la fédération de France du PPA. Il soulignera toute l’âpreté de cet affrontement et le rôle précurseur de ces militants dans le processus de formation de la question nationale en Algérie.

À l’endroit de Omar OUSSEDIK et de Hocine AÏT AHMED, Rachid ALI-YAHIA s’est borné à observer que ceux-ci ne faisaient pas partie de ce noyau de militants rebelles à l’autorité de la direction du PPA car, précisément, des désaccords profonds les opposaient sur la pertinence de la revendication berbère.

En déformant sciemment la teneur des propos de Rachid ALI-YAHIA, Mohand HAROUZ révèle son absence d’objectivité dans sa relation des faits. Dans ce cas précis, la diffusion de l’intégralité de la conférence, enregistrée par vos soins, suffirait à le confondre, en mettant à nu sa partialité et sa volonté délibérée d’abuser le lecteur.

Enfin, la confirmation de la duplicité de sa position est pleinement vérifiée quand il soutient, sans nuance, de manière péremptoire, que Rachid ALI-YAHIA "n’a jamais appartenu à aucune opposition de 1962 à 1978 puisqu’il a brillé de son silence". Cette allégation est totalement dépourvue de fondement sérieux. Elle est mensongère.

Au-delà de la suffisance de son auteur, elle constitue une grossière tentative de jeter le discrédit sur l’intégrité du militant Rachid ALI-YAHIA qui a prouvé, dans la durée, à travers les aléas de la vie politique, la constance et la fidélité de son engagement à servir, en Algérie, l’idéal d’émancipation nationale qu’il a contribué à asseoir au plan doctrinal.

Je rappellerai que sous le régime de Ben Bella, ses activités politiques ont valu à Rachid ALI-YAHIA une arrestation. Durant sa détention arbitraire il fut victime de graves sévices physiques. Par la suite, il sera contraint à l’exil en France à partir de 1974, pour échapper à une nouvelle arrestation.

Depuis la parution du "manifeste de l’Algérie Algérienne" en 1976, et grâce au dévouement des militants du Front Uni de l’Algérie Algérienne (FUAA), Rachid ALI-YAHIA a toujours publiquement fait part de ses prises de position sur le cours et les évolutions de la vie politique et sociale en Algérie. Des documents de l’époque rassemblant l’essentiel de ses analyses sont toujours disponibles.

Il y a, en définitive, dans les assertions dérisoires de Mohand HAROUZ, une prétention à l’exactitude historique que j’estime indue. Le commentaire qu’il a commis est inéquitable et injuste. Il est un outrage à la véracité des faits qui, à ce titre, ne relève pas du débat d’idées.

Le dénigrement et la diffamation que dénonce Mohand HAROUZ, dans son texte, sont de son ressort exclusif. Ils lui incombent pleinement.

Je me permets de lui suggérer d’apporter, à ses prochaines spéculations, plus de rigueur et de probité. Qu’il garde présent à l’esprit que la manifestation de la vérité ne peut se satisfaire d’une polémique subalterne et médiocre.

Je vous remercie pour la place, que vous voudrez bien accorder à cette mise au point.

Ammi Saïd.

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