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Que reste-t-il de Tilelli vingt ans après le procès de 1994 ?
mercredi 30 avril 2014
par Yafelman
Il y a vingt ans, le 1er mai 1994, la police marocaine avait procédé à l’arrestation de sept militants de la cause amazighe à Imtghren (Errachidia) au Sud-Est de Tamazgha occidentale. Il s’agit de Ali Harcherras, Taous M’bark, Ali Ikken, Omar Derouich, Ahmed Kikich, Ali Ouchna et Saïd Jaâfar.



Un défi

Ces militants n’étaient autres que des membres du bureau et des sympathisants de l’association Tilelli basée à Tizi n Imnayen (60 km au sud d’Imtghren).

Le "crime" de ces militants était leur participation au défilé du 1er mai 1994 au cours duquel ils avaient arboré des banderoles transcrites en caractères tifinagh et avaient scandé des slogans en faveur de la langue et de la culture amazighes et contre leur exclusion. Ils ont revendiqué un statut de langue officielle pour la langue amazighe. Ils ont également diffusé le mémorandum adressé par les associations amazighes au premier ministre marocain en mars 1994. Le mémorandum en question porte, rappelons-le, sur les droits linguistiques et culturels amazighs tels qu’ils sont énoncés dans la Charte d’Agadir.

Les sept militants, traduits le 7 mai 1994 devant le tribunal d’Imtghren, étaient poursuivis pour "agitation et atteinte à l’ordre public, profération de slogans en contradiction avec la constitution et incitation à commettre des actes contre la sécurité intérieure de l’Etat".

Quatre militants seront acquittés le 27 mai. Deux seront condamnés à deux ans de prison ferme. Un autre à une peine d’un an de prison ferme assortie d’une amende de 10 000 dirhams (environ 1000 euros).

Grâce à la mobilisation internationale sans précédent suscitée par ces détentions arbitraires, les détenus seront libérés et reconnus comme détenus politiques.


Un événement important, mais occulté

Ce procès, unique en son genre dans les annales de la bataille menée contre les militants amazighs à Tamazgha occidentale, était et reste l’un des procès politiques qui ont marqué le siècle dernier. Il constitue un tournant décisif dans la revendication amazighe. Un événement emblématique. Trois mois après ces arrestations, Hassan II, a "promis" dans un discours (août 1994) l’enseignement des "dialectes" berbères. C’était bien entendu pour calmer la situation et éviter que le mouvement prenne de l’ampleur.
Le procès de Tilelli est une preuve de la volonté des autorités marocaines d’étouffer les revendications amazighes qui prenaient de l’ampleur. Deux années successives avant les fameuses arrestations de 1994, des militants amazighs avaient brandi des banderoles revendiquant l’enseignement de Tamazight et sa reconnaissance officielle lors des fêtes du 1er mai à Imtghren, sans jamais être inquiétés.
Cette volonté d’étouffement de toute revendication amazighe est d’ailleurs toujours vivace. L’Ircam (Institut royal de la culture amazighe), pilier de la nouvelle politique berbère de la monarchie en est une preuve.


Que reste-t-il de Tilelli ?

Malgré son importance, le procès de Tilelli a été occulté dans l’histoire du Mouvement amazigh alors que des événements de moindre importance sont célébrés avec fracas chaque année. C’est un épisode que certains espèrent faire oublier. Il paraît qu’ils ont réussi leur pari. Aucune association ne commémore cet événement, plusieurs par crainte d’être taxées de "radicales" ou d’"extrémistes", des qualificatifs longtemps attribués à l’Association Tilelli et aux militants amazighs de la région. Certaines structures associatives et des pseudo-intellectuels évitent d’en parler pour s’attirer les faveurs de la monarchie et bien sûr de l’Ircam qui leur verse de généreuses subventions.
Vingt ans après ce procès, Tilelli, cible de plusieurs actes visant son anéantissement, demeure une association de référence dans le paysage amazigh même si son action connaît un certain "déclin" au cours des dernières années.

Nous avons rencontré certains des principaux acteurs de cette association et nous leur avons posé à tous presque les mêmes questions. Leurs réponses sont claires et leurs constats sont lucides. Si Derouich Omar, l’un des ex-détenus, craint "l’extinction" de Tilelli qui traverse selon lui des moments difficiles, son ex-président Ali Harcherras affirme que toutes les associations amazighes, dont Tilelli, "doivent adapter leurs objectifs et leurs stratégies aux nouvelles donnes" qu’impose la situation actuelle. "L’association Tilelli, c’est des idées, des valeurs et des personnes qui diffusent ces idées et ces valeurs", nous a affirmé Ali.

Encore du chemin à faire

Nous avons contacté plusieurs acteurs du Mouvement amazigh directement liés à l’affaire Tilelli. Certains ont répondu volontiers à nos questions, nous les remercions. D’autres n’ont pas donné suite à nos sollicitations d’interview. Ce dossier leur reste toutefois ouvert en cas de changement d’avis. En travaillant sur ce dossier, je me suis rendu compte que beaucoup de choses restent encore non dites sur ce procès et les circonstances des arrestations, même vingt ans après. Nous espérons que le voile sera entièrement levé sur ce procès, et que les ex-détenus brisent leur silence pour de bon. Il était temps.


A. Azergui




Accéder au dossier "Tilelli : mai 1994 - mai 2014"

- Ali Harcherras : les associations amazighes doivent adapter leurs objectifs et leurs stratégies aux nouvelles donnes.

- Tilelli de mes cinq ans

- Omar Derouich : "Tilelli risque à tout moment de s’éteindre"

- Moha Moukhlis : "Tilelli a assumé son devoir historique"

- Tamazight dans le collimateur du pouvoir, par
Moha Mokhlis, in Tifinagh n° 3-4 (mai 1994)


- Tilelli 1994 : la presse en a parlé

- APRÈS DEUX MILLE ANS DE MÉPRIS, Renaissance berbère au Maroc :
par Joël Donnet, Journaliste


- "Akurmu n Tucka" (Géôle de Touchka)


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4 Messages

  • Comme Galilée, Tilelli était en avance sur son temps. A mon avis, le pouvoir de l’époque avait voulu tester la réaction-donc vérifier la force et l’ampleur de l’implantation du Mouvement Amazigh-.La réaction du Mouvement Amazigh à l’époque était-elle à la hauteur du sacrifice des militants de Tilelli ? Les avis sont partagés sur la question. Episode occulté dans l’histoire du Mouvement Amazigh au Maroc ? Non. Tous les vrais militants connaissent cette affaire et mesurent à sa juste valeur ce que l’action des militants de Tilelli avait apporté à la cause amazigh. En témoignent le respect et l’admiration toujours intactes dont ces militants et l’association Tilelli sont l’objet.D’autre part, l’histoire du Mouvement Amazigh au Maroc est en cours et n’est pas encore écrite de manière indépendante, globale et exhaustive, ce qui demande une équipe interdisciplinaire... En tous cas , merci à Mas Azergui d’avoir soulevé cette question de mémoire qui est le premier devoir de tout militant qui se respecte : oublier, c’est tuer une deuxième fois. La question est d’autant plus délicate qu’elle interpelle un Mouvement Amazigh qui s’interroge aujourd’hui sur sa stratégie, sur les problèmes d’organisation... Ecrire l’histoire du Mouvement Amazigh devient une urgence car si on ne connait pas cette histoire, on risque de répéter les erreurs passées.

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    • 1- C’est un épisode occulté, qu’on veut même nous faire oublier. Les militants de Tilelli sont certes respectés, mais aucune association ne commémore cet événement. On fait de moins en moins (ou pas de tout) allusion à ces arrestations. les militants des autres régions du Maroc (parmi les jeunes)ne connaissent que peu de choses sur cet événement ou rien de tout). 2- Il faut écrire cette histoire pour ne pas être oubliée. Mais en l’absence d’historiens (occupés à lécher les pieds de makhzen) et face à la paresse et à la médiocrité des nôtres, je ne vois pas comment faire pour qu’on puisse recoller les morceaux. 3- nous attendrons certainement les autres pour qu’ils écrivent encore notre histoire et nous manifesterons encore notre mécontentement en disant que c’était faux et qu’il fallait le rectifier. 4- Il est plus qu’urgent de recoller tous ces morceaux. La tache est difficile, mais il faut la faire. A VOS ARCHIVES :)

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  • Asnimmer 2 mai 2014 01:41, par Asafar
    Nous vous sommes reconnaissants de nous avoir défriché le terrain. Pensée aux étudiants de Meknés qui croupissent tjrs en prison.

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  • Que reste-t-il de Tilelli vingt ans après le procès de 1994 ? 9 juillet 2014 18:11, par Ouskounti Hmad
    Iqqan ’nn ad ittug yan urezzu ighwban khf tmsalt n Tilelli. Ikhessa tt yan udlis d ittawin khf tseggwin ns illusn ula tinna iffawn. Maca aya ira ann yawd ka lkwayD n Tmezzarfut (Tribunal) n Imtghern d win tmawast n Ugnsu g RbaD d umsawal d imezzurfa nna ibeddan ghef tmsalt n Tlelli d akw winna digs yamun, g unmila ngh a3raq.Ad t issujd ka gher asemmekty wiss 25 g 2019 !

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