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Témoignage et pensée
Rachid Aliche : encore un rempart qui tombe
dimanche 30 mars 2008
par Masin
FAFFA. Je reprends entre les mains l’ouvrage à la couverture bleu ciel que j’ai découvert à Taguemout-Azouz dans les années 80, un roman traversé de tonalités à la fois engagées, nostalgiques et fantastiques. C’est pour dire Fransa chez nous !
Le roman animait bien des discussions dans certains petits cercles culturalistes à l’Université d’Alger, de Tizi-Ouzou et de Bgayet durant les années 85-98, à propos de cette nouvelle forme d’écriture romanesque kabyle. Celle-ci ne se contentait pas de la fixation écrite du répertoire oral mais ne le dédaignait guère. Ecrits gorgés de métaphores sans limite, d’interludes plein d’humour et de tristesse. Un va et vient dans le temps. Un genre nouveau pour une ère nouvelle.

Rachid Aliche n’a cessé de triturer et d’essorer la langue, la nouer et la pétrir pour rendre un univers sémantique intarissable, nourri de valeurs de lutte, de valeurs humaines qui ne pouvaient être qu’universelles au grand dam de ceux qui bâtissent l’universalité et l’universalisme sur les dépouilles des peuples et des cultures non officielles.
Nous n’avons pas fini avec Faffa ! Une génération d’exilés quoique porteuse d’espoir se charge "d’occuper des rôles" comme dans le roman. Une génération d’enfants a été nourrie de comptines, de jeux et autres procédés didactiques en kabyle grâce à l’émission hebdomadaire diffusée par la Radio algérienne Chaîne 2 (berbère). Les adultes y apprenaient tellement, des parents se disaient "et si on s’y mettait ?" Petite, je rêvais d’une émission pareille ; les portes étaient encore fermées, la radio kabyle diffusait des doses homéopathiques truffées de matraquages idéologiques castrateurs ; beaucoup de mots étaient interdits,... C’était encore les années 70. Le plomb et les geôles…
Ainsi, Rachid Aliche récidivait chaque vendredi et, chaque fois avec une créativité sans pareil, un humour profond parfois décapant. Les enfants qui y participaient, Tanina, Tiziri et les autres, sont maintenant des hommes et des femmes ! Je suis certaine qu’ils sont loin du "formatage" imposé par l’enseignement fondamental (méthodes et programmes essentiellement arabisants concoctés par l’Education nationale algérienne de l’époque).

Que dire de ASFEL (son premier roman) et des autres travaux de feu Rachid Aliche, le propos risque d’être trop long ! Oui, là on peut vraiment dire qu’aucun déni, aucune marginalisation ne peuvent avoir raison d’une langue. Zimou, Ali Amrane, Hawad amahaq, Bessaoud Mohdarav ; Si moh, Yacine, Ferré, Khayyam et bien d’autres ne diront pas le contraire....

Va où t’attends ton voisin Fouroulou pas loin, à quelques mètres : entre Tizi-Asker et Techach, en Haute-Kabylie. Tu salueras aussi Lounès, Mohya, Izri, Taous et Jean Amrouche et tu leur diras, ce que tu voudras, tu donneras les nouvelles d’une Kabylie qui demande une relève : les sentiers sont battus chers amis !!


Nacira Abrous , Aix-en-Provence.

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