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Azawad
L'alliance anti-Azawad se donne rendez-vous à Bamako
Entretien avec Habaye Ag Mohamed
dimanche 19 juin 2016
par Masin
"La Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) informe l’opinion nationale et internationale qu’elle sera présente à Bamako à travers les Secrétaires généraux des mouvements qui la composent pour la cérémonie commémorative de la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger du 20 juin 2015". C’est ce que la CMA annonce dans un communiqué rendu public à Kidal le 18 juin 2016.
Ce lundi 20 juin, des Touaregs iront donc à Bamako, en provenance d’Alger, accompagnés de leurs parrains, pour sceller la "nord-malisation" de l’Azawad dans l’espoir de voir les autorités maliennes revenir dans ce territoire touareg, notamment à Kidal, pour enterrer tout un idéal pour lequel nombre de Touaregs se sont sacrifiés depuis plus d’un demi-siècle. Ce territoire doit se soumettre à l’ordre malien voulu par la France. Ce territoire doit être coupé de son histoire, de sa langue, de son identité, de son amazighité : en un mot, de son âme.


Ramtane Lamamra et Bilal Ag Achérif à Alger en mai 2015.


Les Touaregs, comme tous les Amazighs, ont toujours été un "élément" dérangeant aux politiques mises en place en pays amazigh, des politiques qui visent à priver les Amazighs de leur souveraineté et les soumettre à différents ordres ! C’est pourquoi tout est déployé pour en finir avec ce peuple. Et de tous les temps, le projet de son éradication est mené par les ennemis de Tamazgha avec la complicité des Amazighs. Les Touaregs qui seront ce lundi 20 juin 2016 à Bamako pour commémorer le premier anniversaire de la mascarade d’Alger en font partie.
Avant de se rendre à Bamako, ils sont allés chez leurs parrains algériens. En effet Bilal Ag Achérif a été reçu le samedi 18 juin par Ramtane Lamamra, ministre algérien des affaires étrangères, certainement pour le briefer en prévision de la réunion du "Comité de suivi de l’accord de paix et de réconciliation au Mali", que l’algérien présidera. Il n’est un secret pour personne que la France confie la question touarègue en sous-traitance à Alger.
Alors que cela fait un an que les Maliens et la communauté internationale piétinent des pseudo-accords qu’eux-mêmes ont concoctés ; les populations de l’Azawad n’ont vu pour l’instant que mépris, violence et insécurité, des pseudo-représentants de ces populations iront se réjouir de tels "accords" aux côtés de ceux qui sont hostiles à la souveraineté de l’Azawad.
Ce qui se passe aujourd’hui n’est à la limite que le renouvellement de ce qui s’est passé lors des soulèvements précédents qui ont marqué le pays touareg, notamment les années 90 : c’est l’histoire qui se répète. Et l’histoire continuera à se répéter, car ce n’est pas aujourd’hui que les femmes et les hommes jaloux de leur liberté baisseront les bras et abandonneront le combat. La lutte ne s’arrêtera pas là et ce n’est pas la trahison qui découragera celles et ceux qui tiennent à leur dignité et à leur Temmoujgha (Amazighité).

Afin de comprendre ce que traverse l’Azawad depuis un an et les différents enjeux auxquels il est confronté, nous avons posé des questions à Habaye Ag Mohamed, cet infatigable combattant touareg qui nous a habitué à un langage on ne peut plus clair. Il n’a jamais mâché ses mots pour dénoncer tout ce qui se complote contre le pays touareg et sa liberté.
Nous le remercions d’avoir répondu à nos questions, pour cet entretien qui aidera nos lecteurs à mieux cerner la situation que traverse actuellement l’Azawad.

La Rédaction.

Tamazgha.fr : Quatre ans après la victoire des forces du Mouvement de libération nationale de l’Azawad (MNLA) et la libération de la totalité du territoire de l’Azawad – même l’indépendance de l’Azawad a été déclarée – quel constat faites-vous aujourd’hui sur la situation dans ce pays meurtri et qui a connu maints soulèvements depuis 1963 ?

Habaye Ag Mohamed : Nous sommes encore très loin de l’heure du bilan général. Il est cependant possible d’affirmer sans aucun risque d’être contredit ceci :
-  Les victoires rapides des forces du MNLA ne se sont pas du tout traduites en victoires politiques. Au contraire, en termes politiques, le statut particulier de l’Azawad et les clauses spécifiques contenues dans les accords précédents (accord de Tamanrasset, Pacte national) ont été remplacés par une décentralisation avancée ou approfondie que rien ne présage, par ailleurs, à devenir concrète.

-  Les créations des régions de Menaka et de Taoudeni ne sont que des illusions parce que ces deux régions étaient déjà créées bien avant le déclenchement de la rébellion de 2012 avec de profonds germes de conflits violents entre communautés à cheval sur des territoires régis par des règles traditionnelles de gestion… Les affrontements intercommunautaires dans la région de Menaka en résultent directement. Pour la fantomatique région de Taoudeni, cela ne saurait guère tarder… C’est, à terme, l’objectif recherché par les régimes de Bamako, lesquels, faute de soumettre les Azawadiens, usent des vieilles techniques de la terre brûlée. Le MNLA et ses partenaires ont contribué et même facilité cette manœuvre malienne.

-  La multiplicité des acteurs et des actions compliquent la mise en œuvre d’un accord imposé aux populations les plus éprouvées par le conflit dont tout le monde ne fait que s’en servir à commencer par les forces qui prétendent les représenter.

-  Une coordination de mouvements de l’Azawad (MNLA, HCUA, MAA) [1] faiblement légitime parce que mise en place pour les besoins de la négociation des accords à Alger avant leur signature à Bamako. Ces factions coordonnées sont contre nature parce ne partageant ni objectifs ni visions. Franchement, qu’y a-t-il de commun entre un mouvement à idéologie de libération nationale, une faction de rebuts jihado salafistes et un groupe de narcotrafiquants repentis ? Voilà, l’attelage que la France, l’Algérie et les Nations Unies, mais aussi les USA, ont imposé au peuple de l’Azawad comme représentants et pour signer un accord d’une telle importance en son nom !!!
-  Une plateforme formée de groupes épars dont le seul point commun est qu’ils sont inféodés à Bamako, qui les adoube pour brouiller les pistes et affaiblir la CMA.

-  Une MINUSMA [2] se comportant en tutelle et se substituant à la fois aux factions rebelles et au gouvernement malien jusque dans la fourniture des services sociaux de base (distribution de tout, transport, football, jeunesse, marchés, soupes, défense, police,...).

-  Des forces françaises de plus en plus éprouvées par une politique parisienne floue et illisible.

-  Un gouvernement malien défaillant parce que sans vision pour un règlement politique de la question, sans marqueur politique et surtout hétéroclite, composite et sans consistance.

-  Des groupes narco terroristes et mafieux de plus en plus prégnants y compris au sein de l’Etat et de certaines parties signataires de l’accord, et défiant ouvertement les forces internationales censées les combattre.

-  L’accord flou que les parties ne parviennent pas à exécuter et que la médiation escompte voir appliqué sans aucun effort de sa part, va bientôt tomber en désuétude avec la signature de l’entente qui peut se résumer en un accord entre maliens avec une garantie malienne pour suppléer aux dysfonctionnements des collectivités territoriales du "nord mali". Je dis bien "nord mali", parce que de l’Azawad il n’est plus question, ni pour la CMA et encore moins pour la Plate-forme.

-  D’ailleurs, le 20 juin 2016 sera célébrée en grandes pompes le premier anniversaire de la signature par la CMA de l’accord d’Alger-Bamako. A cette occasion, il est prévu que les plus hauts responsables du MNLA (Bilal Ag Achérif et Mohamed Najim) mais aussi du HCUA (Al Abass Ag Intalou) qui n’ont jamais accepté de fouler le sol de Bamako y seront pour enterrer définitivement l’acquis du soulèvement de l’Azawad.
Plus que jamais, l’absence de toute perspective de règlement définitif du conflit est patente. Ce qui se passe actuellement, depuis le 20 juin 2015, ouvre un boulevard aux trafics mafieux (couloirs d’Inkhalil, de Tabankort, de Taoudéni…), aux narcotrafics et au terrorisme sur fond d’arrangements clientélistes jusqu’au plus sommet de l’Etat malien.


La communauté internationale, à sa tête la France, a tout fait pour imposer un semblant d’accord entre le Mali et les mouvements de l’Azawad dont le seul but est d’organiser le retour du Mali dans l’Azawad. L’ensemble des mouvements de l’Azawad, y compris le MNLA, ont adhéré à cet « accord ». Un an après la signature de ce pseudo-accord qu’en est-il de son application ? Qu’en est-il de la position des populations sur le terrain, des réfugiés ?

Comment un accord rejeté à la fois par les populations de l’Azawad et l’opinion malienne peut il être appliqué ? Les Azawadiens ont unanimement rejeté cet accord, cela ne fait aucun doute sauf mauvaise foi avérée. Les Maliens aussi. La non mise en œuvre des dispositions de l’accord, un an après sa signature, conforte ce rejet. La multiplication des forums dans l’Azawad, l’octroi du pack sportif, le transport de groupes artistiques ou le ballet des déplacements par avion entre Kidal, Tombouctou ou Gao et Bamako financés par la MINUSMA ne saurait constituer une application de l’accord. Du coup, les populations ont perdu toute confiance dans un accord qu’elles n’avaient jamais accepté. Les réfugiés sombrent davantage dans l’oubli. La signature de l’accord et la publicité qui en a été faite ont réussi à démobiliser les donateurs réduisant drastiquement la prise en charge normale des refugiés. La sécurité et les conditions de retour de ces réfugiés sont loin d’être réunies. Les exactions et souvent des tueries de civils par les forces maliennes se poursuivent encore. Tous ces facteurs n’incitent pas à la confiance et n’encouragent pas le retour des réfugiés.
Le HCR [3] signe à tour de bras des accords tripartites pour le rapatriement des réfugiés, cela est de bonne guerre et l’institution est très expérimentée sur la question. Les principaux bailleurs de fonds du HCR, pour entretenir les réfugiés dans les camps, sont aussi membres de la médiation internationale qui aurait forcé la main aux groupes rebelles pour signer. Ces bailleurs de fonds qui poussent à l’application de l’accord ne peuvent logiquement continuer à fournir des aides aux réfugiés dans les pays d’accueil. Le HCR, fort logiquement, appelle au retour pour aller à la rencontre de l’argent des bailleurs de fonds, lequel ira désormais pour le rapatriement, la réinstallation et la réinsertion des réfugiés de retour. Dès lors, que les réfugiés le veuillent ou non, le processus de rapatriement est irréversible sauf si de nouvelles violences surviennent. Le HCR est une institution qui va là où seront les fonds. Les réfugiés qui choisiront de rester en Mauritanie prendront le bénéfice des rations alimentaires, de toute protection internationale et grossiront les rangs de ceux qui en 1996 avaient choisi de rester en Mauritanie, depuis ils ne sont ni "maliens", ni mauritaniens et se retrouvent ainsi sans aucun statut ni protection du HCR qui les avaient abandonné pour suivre ceux qui ont décidé de retourner.


En mars 2016, un Forum a eu lieu à Kidal, lequel Forum a suscité des polémiques. Peut-on en savoir plus à ce sujet ?

Les rencontres d’Anefif et d’In khalil, les retrouvailles avec le GATIA [4] ainsi que le forum de Kidal n’avaient pour seule finalité que la préparation minutieuse du retour de l’administration malienne à Kidal. Toutes ces initiatives ne sont nullement inscrites dans l’accord mais tout a été déployé pour leur réussite en particulier par la MINUSMA qui s’était investit jusque dans le moindre détail.
Autour du forum de Kidal, il s’agit de fausses polémiques. Le gouvernement malien a convenu d’un arrangement sous tendu par des enjeux financiers avec la CMA et la Plateforme qui permettrait son retour à Kidal. Des sommes importantes ont été versées à la CMA et à la Plate-forme pour accepter le retour de l’administration. Cela n’a pu se faire comme prévu en raison de la ferme opposition de la population de Kidal.
En conclusion, ce qui est à souligner comme acte indécent c’est d’accepter de l’argent en échange du retour d’une administration chassée à coup de fusils.


Le MNLA a tenu son troisième congrès du 7 au 11 avril 2016. Très peu d’informations ont filtré, une communication quasi-inexistante et un communiqué final sans contenu concret. Que reste du MNLA ?

Depuis qu’il s’est fourvoyé dans la Coordination des mouvements de l’Azawad, le MNLA a perdu toute personnalité et est devenu un faire-valoir pour des factions avec lesquelles il ne partage que la particule ‘’AZAWAD’’. Les dirigeants du MNLA ne font qu’entériner, endosser et assumer des décisions en totale opposition avec son idéologie, ses objectifs et qui ne sont pas celles attendues par ses militants et par les Azawadiens de façon générale. Les deux autres factions tirent avantage de l’audience populaire du MNLA et s’abritent derrière ce mouvement populaire pour faire passer tout ce qui les valorise et profitent à leurs intérêts majeurs. Ainsi, par exemple, tous les communiqués sensibles sont signés par le porte parole du MNLA au nom de la CMA.
Depuis deux ans, les militants du mouvement demandaient la tenue du congrès statutaire du mouvement après celui de Tinzawatene en janvier 2013… et particulièrement avant la signature de tout accord avec le Mali. Aucun dirigeant, aucune instance du mouvement n’a daigné faire suite aux multiples demandes des militants, ni même respecté les statuts du mouvement qui exigent un congrès tous les deux ans. C’est un exemple du mépris opposé par les dirigeants du mouvement aux militants et aux Azawadiens, et tout le manque de respect dont ils font preuve à l’égard du mouvement dont ils ne font que se servir.
Le congrès de Kidal a été décidé unilatéralement par le cercle proche du Secrétaire général du MNLA et organisé en un temps record. La décision de tenir ce congrès à Kidal n’était pas anodine : la ville est sous le contrôle réel du HCUA, une des factions auxquelles le format actuel du MNLA convient parfaitement… d’où la faible opposition aux changements positifs attendus par la majorité des militants et des cadres du mouvement, mais aussi des autres zones de l’Azawad, notamment la zone ouest.
Des militants représentatifs des différentes zones de l’Azawad et de la diaspora n’ont pas pu faire le déplacement, de nombreux cadres qui pouvaient apporter la contradiction n’ont pas accepté de se faire instrumentaliser et n’ont pas répondu. Le choix de voyage le plus offert pour se rendre à Kidal était de transiter par Bamako et se faire transporter par la MINUSMA… Ce que beaucoup de cadres ont catégoriquement refusé.

Dans son déroulement, le congrès fut aux antipodes de la démocratie, Kidal n’avait rien à envier à la Corée du Nord. Aucun mode de désignation des délégués, aucun dispositif électoral, aucune candidature, aucun bilan ni moral, ni financier...
Tout s’est passé en deux temps : un temps de folklore pour permettre à l’équipe du Secrétaire général de procéder à une démonstration de force portée par le plus gros contingents venus de Bamako au travers de discours cultivant le culte de personnalité, faire parader publiquement le représentant de la MINUSMA qui apparaissait dans ce contexte fortement enturbanné comme un poil sur du lait de chèvre, épater la galerie et donner l’impression que le Secrétaire général sortant est réélu à l’unanimité sauf que personne, même les laudateurs et les applaudisseurs ne sauraient dire qui l’a proposé pour qu’il soit reconduit par acclamation. Le second temps est celui des conciliabules pour constituer le comité exécutif du mouvement qui ne se définit plus dorénavant comme mouvement indépendantiste mais comme un mouvement dont l’existence ne saurait se justifier en dehors des accords d’Alger-Bamako.

Les dérives autocratiques, claniques et clientélistes du MNLA ne sont pas récentes et ne sont qu’un secret de polichinelle bien avant la fin du congrès de Kidal. A Kidal, les dirigeants du MNLA ont raté l’occasion de dire la vérité aux Azawadiens, aux Maliens et au monde entier ; ils ont choisi le mensonge et le dilatoire pour préserver des privilèges bien individuels.
Le congrès de Kidal a définitivement discrédité la jeune garde du MNLA qui en constitue la direction et qui a toujours affirmé sans aucune humilité qu’elle apportera la liberté pour les Azawadiens… lesquels apprécieront désormais.
Le congrès de Kidal a sonné la fin du MNLA en tant qu’organisation de lutte de libération fédératrice, crédible et pérenne. Certes, le nom va continuer à être utilisé mais peut être simplement comme le "mouvement national de l’accord d’Alger- Bamako".
Du MNLA, il ne reste que l’esprit de la lutte de libération qu’il a fructifié par ses actions spectaculaires du début du déclenchement du soulèvement.


Tout ce qui se passe depuis 2014 autour de l’Azawad n’est-il pas un bis repetita des années 90 notamment et de tous les soulèvements qu’a connu le monde touareg même si on constate que la résistance est plus que jamais forte ?

Oui, on peut le dire ainsi. Mouvements et fronts unifiés de l’Azawad (MFUA) et Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) sont des créations ad hoc pour faciliter les négociations et disposer d’un cadre d’application de l’accord. Ces créations sont contre nature et sont toutes en rupture avec les populations et viennent souvent prolonger les intérêts de Paris et d’Alger avant de se mettre au service de Bamako.
La seule différence entre les années 90 et 2012 est celle-ci : l’émergence d’une opinion publique nationale azawadienne en 2012. Toutefois, cette émergence ne résulte point de méthodes, de pratiques ou d’actions singulières du MNLA mais plutôt du contexte et de la géopolitique internationale et sous régionale du XXIe siècle.
Le contexte de 2012 a largement ouvert les plateaux de télévisions et les autres médias à la jeune garde du MNLA, mondialisation oblige. Pour s’en servir, certains Etats les transportent et les hébergent dans des palaces pour, à la fin, leur faire accepter de signer des accords qui n’offrent aux Azawadiens que la vague décentralisation que même les accords de Tamanrasset avaient dépassé. En 1990, il n’y avait pas tout cela, on travaillait dans la clandestinité avant d’être embrigadé et conduit par la peau du cou à la table de signature.
Ceux d’entre nous, comme moi, qui avaient refusé ont été contraints à l’exil et mis à l’index par leurs anciens camarades de lutte. Je termine en précisant qu’en 2012, ce n’est pas nous qui avions rejoint la lutte, c’est la lutte du MNLA qui nous a retrouvé sur le chemin comme il en été ainsi de nous par rapport à ceux des années 60, nous avons rejeté les accords d’Alger Bamako de 2012 pour les mêmes raisons que pour les accords de Tamanrasset de janvier 1991 et du Pacte national d’avril 1992.
L’Etat malien a définitivement repris la main, comme dans les années 90. A l’époque, avec la complicité de leurs propres camarades de lutte, il a réussi à isoler ceux qu’on appelle les radicaux au profit des ‘’harkis’’. Aujourd’hui, quelques-uns de ces derniers reprennent du service pour la mise en œuvre de l’accord sous la houlette de l’actuel ambassadeur du Mali en Mauritanie qui vient d’être nommé Haut représentant du Président de la République pour la mise en œuvre de l’accord d’Alger-Bamako. Ce monsieur a été le chef d’orchestre des négociations dans les années 90 et de la mise en œuvre du Pacte national. Tout rentre dans l’ordre, il ne reste plus que la retrouvaille de Konaré, d’ATT, sous le regard bienveillant d’IBK autour du cadavre de la libération de l’Azawad avec en toile de fond les ricanements des leaders auto-proclamés de l’Azawad.


Nous assistons, et de manière très subtile, à l’évacuation de la question touarègue, et en même temps la question arabe et l’islam prennent de plus en plus de place dans tout ce qui se fait autour de l’Azawad. Qu’en pensez-vous ?

Les Touaregs dérangent de tous les temps, cela n’est pas nouveau. Leur farouche détermination à conserver leur identité et vivre indépendants n’est pas appréciée ni par leurs voisins sédentaires du Sud, ni par les Etats jacobins auxquels la France a offert en dividende le territoire touareg en 1960 en récompense de leur indicible soumission. Face au réveil touareg et à une prise de conscience de plus en plus précise de la libération nationale, ceux qui entendent soumettre les Touaregs travaillent à les mettre en porte-à-faux avec la question arabe et dans une approche étriquée face à l’islam. Cette démarche diabolique vise d’ailleurs toute la dimension amazighe dans laquelle se retrouve de toute évidence les Touaregs. Le fait que le logo d’un des mouvements de l’Azawad, essentiellement touareg, exclusivement formulé en arabe à l’exclusion de toute autre langue, en particulier de l’écriture touarègue, le tifinagh, confirme cette tendance.
Je note au passage, et c’est le côté pervers de l’accord dit d’entente, que dans cet ordre d’idées, Bamako, grâce à ses multiples relais et au cadrage bien ficelé de l’accord d’entente, réussira à constituer les autorités intérimaires selon son choix et les passera sous le contrôle puissant de narcotrafiquants et de salafistes y compris pour noyauter la question touarègue.
Paris et Alger croient bien faire en manipulant les dirigeants de la CMA afin de réhabiliter l’Etat malien mais le réveil sera brutal. Puis, en agissant ainsi, ces deux Etats travaillent à la consolidation des forces obscurantistes dans la zone.


Comment voyez-vous l’avenir de l’Azawad ? L’espoir de la libération du pays est-il permis ?

L’espoir est dans le désespoir. C’est dans les plus grands moments de désespoir que j’ai senti mon Peuple plein d’espoir.
L’avenir de l’AZAWAD ne peut être que prometteur et positif. L’Etat et les régimes maliens – que je distingue clairement du Peuple mandingue ––, malheurs de l’Azawad, n’ont plus aucune emprise sur le territoire en dépit de quelques relais alimentaires qu’ils soient à Bamako ou sur place dans l’Azawad. Les reliques de l’administration et les forces maliennes présentes dans l’Azawad ne resteront pas une seule minute après le retrait des forces étrangères du territoire. Ces forces n’ont pas vocation à s’éterniser, sinon cela sera considéré comme un cas inédit de recolonisation qui légitimerait l’utilisation de tous moyens de légitime défense.
La raison finira par l’emporter, des alternatives existent dès que les pays voisins de l’Azawad, mais aussi les grandes puissances, en premier la France, comprendront que les Azawadiens ont le droit imprescriptible de se gérer directement et que toute ingérence dans les questions de représentation des Azawadiens ne fera que retarder l’échéance de règlement du conflit.

Propos recueillis par
Masin Ferkal.



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N.B. Les notes sont de la Rédaction.

P.-S.

Habaye Ag Mohamed, Président de la Coordination des cadres de l’Azawad (CCA), est natif de Tombouctou. Avocat de formation, il milite très tôt pour l’identité et la culture touarègues et a assuré le lien au début des années 90 entre les militants touaregs et les autres composantes amazighes. Très actif dans le soulèvement des années 90, Habaye représente, avec d’autres, le courant indépendantiste du mouvement touareg. N’ayant jamais eu fait confiance aux différents accords signés entre les mouvements de l’Azawad et l’Etat malien, il est resté en exil où il n’a jamais cessé son combat.

Notes

[1- HCUA : Haut conseil pour l’unité de l’Azawad. C’est un mouvement qui a hérité d’Ansar-Dine.
- MAA : Mouvement des arabes de l’Azawad. Un mouvement à l’origine lié à Alger et créé pour affaiblir le MNLA ainsi que l’expression touarègue.

[2MUNUSMA : Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali

[3HCR : Haut commissariat au réfugiés. C’est un organisme des Nations unies.

[4GATIA : Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés. C’est un mouvement pro-malien.

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3 Messages

  • L’alliance anti-Azawad se donne rendez-vous à Bamako 20 juin 03:19, par La Mécréante !

    partout où la France et l’algérie fricotent, c’est le chaos et la mort !

    la France-Algérie est la peste et le choléra de l’humanité.

    Quant au Mali.... ce n’est qu’un misérable gourbi. Une cour des miracles dont Hollande (pour le moment) est le coq sur son tas de fumier.

    repondre message

  • l’alliance arabofrancaiseislamique contre les peuples amazighs ! il est maintenant un secret pour personne,que la France colonialiste œuvre a offrir l’histoire,l’identité et les territoirs amazighs aux arabes ! reste une solidarité sans faille entre les peuples amazighs pour mettre en echec ce plan machiavelique !

    repondre message

  • Hier soir mardi 28 Juin 2016 à 23:05 Arte (Allemagne), a projeté un documentaire de (52 Min.) sur les islamistes au Mali avec le titre : « Wüstenkrieg - Islamisten in der Sahara » ; (La guerre du désert : les islamistes au Sahara).

    Croyez-vous qu’il y eu un traitre mot soufflé sur les Imucar [ⵎ ⵛ ⵗ] / « Touaregs » de l’Adrar ? Non, aucun. La seule scène où on les fait apparaitre en tant que tels physiquement - une séquence du documentaire qui montre des nomades devant un puits puisant de l’eau pour abreuver leurs bêtes, quelque part dans le désert – les fait parler en arabe, pour dire « en arabe » tout le bien qu’ils pensent de l’intervention des troupes françaises au Mali dans l’opération militaire baptisée « Seval » : la paix enfin retrouvée !

    Il faut rappeler que le film-documentaire est un assemblage des dépêches, des brèves, et autres, réalisées avant, durant et après l’intervention des troupes françaises par l’APS, France24, TV5, ... bref la France de propagande et officielle de ces 4 dernières années.

    Faire du neuf avec du vieux ?

    Une fois de plus, et cela tout au long du film, l’identité des « Touaregs » y inclus leur histoire, leur soulèvements contre la France, et contre le l’Etat malien… sont dilués soit dans une aire géographique régionale infra-étatique l’ « Azawad » (territoire situé au Nord-Mali et peuplé par les « Touaregs » mais pas uniquement (Peulhs, Sonrhaïs, et l’ensemble Maures-Arabes-Berabiches-Kountas y habitent aussi), soit dans l’« Islam » dit radical [références à la guerre Sainte / Loi coranique], un ensemble territorial idéologique, fictif, circonstanciel, internationale et supra-étatique [Oumma : communauté des musulmans en arabe].

    Telles sont les catégories lexicales utilisées par l’ensemble des acteurs ayant réfléchi, conçu, conduit et entretiennent aujourd’hui l’intervention des troupes françaises au Mali.

    Il est vrai que les appétits économiques chinois, l’influence de expansionnisme américain en Afrique, mais surtout les tentatives d’émancipation des régimes installés par la « France coloniale » qui se résument à de la simple tentative de diversification de partenariats économiques n’est pas du gout de la France actuelle. Ces attitudes réveillent ce reflexe de paternité et de droit de regard de la France sur ces ex-colonies.

    Indépendances des ex-colonies françaises dites-vous ?

    Comme quoi que les régimes issues des « indépendances » désignés, des fois avec un semblant de guerre – par la « France coloniale » pour succéder à ses départs n’étaient que des licences de sous-traitances.
    La France actuelle c’est, sans aucun doute, la continuité de France coloniale.

    Amṣuṭ du nord de l’Allemagne

    repondre message

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