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Azawad
"Nous allons gagner ce combat pour notre liberté et notre dignité"
Entretien avec Nina Oualet Inatllou.
mardi 31 mars 2015
par Masin
Quinquagénaire, Nina Oualet Intalou, a toujours été du côté de celles et ceux qui se battent contre les injustices que subissent les populations de l’Azawad.

Adjointe au maire de la commune d’Essouk ; élue au niveau "national" pour la région de Kidal au Haut conseil des collectivités territoriales (HCCT) du Mali où elle a représenté la région de Kidal. En décembre 2011 elle quitte son poste de vice-présidente du HCCT pour rejoindre la Direction politique du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) qui déclenche une guerre contre l’armée malienne le 17 janvier 2012. Par la même occasion, et parce que sa vie est en danger, elle quitte Bamako. Nina fait partie de ces femmes touarègues qui jouent un rôle important dans la lutte que mènent les populations de l’Azawad pour leur liberté. Jalouse de sa liberté et celle de son peuple et mettant toute son énergie pour que cesse l’humiliation et la domination dans ce pays qui a tant souffert, Nina n’a jamais hésité à rejoindre les soulèvements des Touaregs ; c’était le cas aussi en 1990. Aujourd’hui, elle est membre de la commission politique du MNLA et membre de la commission de négociations entre l’Azawad et le Mali.

Dans cet entretien, nous avons voulu revenir sur la situation dans l’Azawad, sur ce qui est qualifié par certains d’"Accord d’Alger" ainsi que sur les perspectives d’avenir.


Nina Oualet Inatllou


INTERVIEW.


Tamazgha.fr : La Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) n’a pas paraphé le document d’Alger. Quelles en sont les raisons ?

Nina Oualet Intallou : La CMA n’a pas paraphé l’accord d’Alger pour la simple raison que cet accord ne prend pas en compte les revendications du peuple de l’Azawad qui ne sont autres que la reconnaissance par le gouvernement du Mali de l’Azawad en tant qu’entité administrative et politique.
La médiation et le gouvernement malien ont proposé une régionalisation qui est un mode d’administration et qui est créé par simple décret ministériel. Pour le contenu de ce document proposé par la médiation dans sa plus grande partie il fait référence à la décentralisation et au code de l’organisation des collectivités territoriales du Mali qui fût un échec total. Seul élément qui a changé, c’est le mode d’élection du président de l’assemblée régionale qui est élu directement. Mais pour la CMA, se faire élire directement ou indirectement n’apporte aucun changement aux revendications du peuple de l’Azawad, c’est le peuple de l’Azawad qui choisit ses élus, donc le Mali n’a rien cédé comme il veut le faire croire à l’opinion internationale.

Du 12 au 15 mars 2015, vous avez organisé des consultations avec la société civile de l’Azawad à Kidal. Quelle était la réaction des différents représentants de la société civile par rapport au document présenté par Alger et quels étaient leurs messages et recommandations ?

En effet, le peuple de l’Azawad a été consulté par la CMA du 12 au 15 mars 2015 pour donner son accord pour parapher le document de l’Accord d’Alger. Le peuple de l’Azawad dans son ensemble a rejeté l’Accord d’Alger.
Le message du peuple de l’Azawad : les chefs de fractions, les notables, les femmes et les jeunes, est l’Indépendance totale de leur territoire.

Une reprise des négociations avec l’Etat malien est-elle possible ? Et dans quelles conditions ?

Dans notre déclaration après les consultations avec la société civile de l’Azawad, nous avons réitéré notre engagement de respecter le cessez-le-feu et toutes les résolutions des Nations unies, de l’Union africaine (UA) et de la CEDEAO [1]. Nous sommes persuadés que ce n’est que par le dialogue qu’on peut arriver à un règlement définitif de ce conflit qui nous oppose à l’État du Mali.
Nous avons remis nos observations à la médiation que nous remercions d’ailleurs d’avoir fait le déplacement à Kidal et dont nous attendons une prise en compte des spécificités de l’Azawad et de ses revendications géopolitiques.

Concernant les pourparlers d’Alger qui se sont étalés sur plusieurs mois, peut-on les qualifier vraiment de négociations dans la mesure où les Maliens étaient peu présents – ce sont les Algériens qui semblaient parler à leur place – et de plus, il y a eu les milices pro-maliennes qui ont été imposées dans les négociations ? Et comment se fait-il que la CMA a accepté de telles conditions ?

Les pourparlers à Alger se sont déroulés dans de bonnes conditions grâce à l’accueil chaleureux de l’Algérie que nous remercions infiniment, mais ce que nous déplorons pendant tous ces mois de négociation, c’est que l’Etat du Mali n’a jamais eu la volonté de faire des propositions approfondies pour mettre fin à ce conflit.
Quant aux milices d’auto-défense de l’Etat malien, elles nous ont été imposées par le Mali et la communauté internationale, sinon nous n’avons jamais accepté qu’elles fassent partie des négociations pour la simple raison qu’elles ne sont pas en conflit avec le Mali , elles sont utilisées par l’Etat du Mali pour lutter contre la CMA et nous empêcher d’atteindre notre objectif qui est le droit à disposer de notre territoire.

Le nom MNLA lui-même et son objectif initial sont on ne peut plus clairs sur le projet de libération de l’Azawad. L’indépendance a été l’objectif du soulèvement de 2012. La déclaration d’indépendance du 6 avril 2012 qui a suivi la libération totale du territoire de l’Azawad des troupes maliennes n’a fait que confirmer cette volonté d’accès à un Etat indépendant. Comment expliquer que, très vite et sous les diverses pressions de la Communauté internationale, notamment la France, le MNLA avait renoncé à cet objectif initial et a reconnu l’intégrité territoriale du Mali ?

Le MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad ) comme son nom l’indique a déclaré son indépendance le 6 avril 2012, mais sous la pression de la communauté internationale et plus particulièrement de la France – qui n’a jamais voulu reconnaître ses erreurs quant à la division de notre territoire entre plusieurs pays et aux frontières artificielles qu’elle a tracées pendant les soit-disant indépendances de l’Afrique – nous avons accepté de reconnaître l’intégrité territoriale du Mali, mais cela ne veut pas dire que nous avons renoncé à notre identité. La fédération que nous avons proposée n’est pas contre l’intégrité territoriale, donc nous demandons à la communauté internationale de nous aider à trouver une solution pacifique et définitive à ce conflit qui nous oppose à l’Etat du Mali.

Les femmes, les jeunes et la société civile de l’Azawad de manière générale sont décidés à se battre et à ne pas céder sur l’idéal de l’indépendance et ont fait savoir leur hostilité au retour de l’administration malienne et son armée dans l’Azawad : c’est une feuille de route pour les dirigeants de la CMA que l’ensemble des composantes de l’Azawad viennent de fixer. Pour cela, la CMA ne doit-t-elle pas revoir radicalement ses positions en vue d’éventuelles nouvelles discussions avec les autorités maliennes ?

La CMA a fait des propositions à la méditation en tenant compte des revendications du peuple de l’Azawad et nous attendons une réponse de la médiation.

Face au blocage actuel et face à l’obstination de l’Etat malien qui dit refuser de revoir le document d’Alger, que pensez-vous faire au sein du MNLA, et plus largement de la CMA ?

La CMA pense que pour la sécurité au Mali, dans l’Azawad et dans toute la sous-région, il est important de trouver une solution à ce conflit qui oppose l’Azawad au Mali.

Des cas d’exactions et de violations des droits de l’Homme ont été signalés dans plusieurs endroits où l’Etat malien exerce encore son autorité sur le territoire de l’Azawad, pourriez-vous nous dire un peu plus à ce sujet ?

Il y a des violations des droits de l’Homme pratiquement tous les jours sur le territoire de l’Azawad occupé par l’armée malienne et ses milices. Malheureusement il y a un silence total de la communauté internationale et surtout de la MINUSMA [2] sur ces exécutions, tortures, intimidations et traumatismes des populations, au vu de tout ça il y a une profonde rupture de confiance entre l’Azawad et l’Etat du Mali et même la MINUSMA.

Et la situation des réfugiés ?

Les réfugiés vivent dans des conditions très difficiles, surtout avec la rupture des distributions de nourriture faute de financement du PAM [3] et avec la chaleur qui s’annonce, pratiquement 42 degrés sous des tentes en plastique pour la plupart d’entre eux.

Que pensez-vous de la position de la France dans ce conflit ?

L’Etat français, parce que c’est de lui qu’il s’agit et non pas du peuple de France, continue sa colonisation de l’Azawad en complicité avec les États du Mali et de l’Algérie, parmi tous les États de l’Europe qui l’entourent, il est le seul Etat qui n’a aucune expérience d’organisation politique de type fédéral. C’est un handicap. Avec la mondialisation et toutes les mutations que connait le monde en ce moment, la France doit revoir sa politique et être plus attentive aux souffrances de l’Azawad.

Comment voyez-vous l’avenir de l’Azawad ?

Nous gardons espoir avec la détermination et la volonté du peuple de l’Azawad, nous allons gagner ce combat pour notre liberté et notre dignité.


Propos recueillis par,
Masin Ferkal.



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Notes

[1Ayant vu le jour en 1975, suite au Traité de Lagos, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avait à l’origine comme préoccupations les questions uniquement économiques. En 1993, le Traité de Lagos a fait l’objet de quelques révisions qui ont permis l’élargissement des domaines de compétences de la CEDEAO aux questions politiques vu notamment l’évolution de la situation dans la région. L’objectif principal de la CEDAO est la promotion de la coopération économique et politiques entre les Etats membres qui sont le Bénin, le Burkina-Faso, le Cap-Vert (Capo Verde), la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, La Guinée-Bissau, le Libéria, le Mali, le Niger, le Nigéria, le Sénégal, le Sierra Leone et le Togo.

[2La MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali) a été créée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies dans sa Résolution 2100 du 25 avril 2013. Le Conseil de sécurité a ainsi demandé à la MINUSMA "d’aider les autorités de transition maliennes à stabiliser le pays et à appliquer la feuille de route pour la transition en accordant une attention prioritaire aux principales agglomérations et aux axes de communication, en protégeant les civils, en surveillant la situation des droits de l’homme, en mettant en place les conditions indispensables à l’acheminement de l’aide humanitaire et au retour des déplacés, à l’extension de l’autorité de l’État et à la préparation d’élections libres, ouvertes à tous et pacifiques". Puis, dans sa Résolution 2164, adoptée le 25 juin 2014, le Conseil de sécurité "a décidé d’axer le mandat de la MINUSMA sur des tâches prioritaires telles que la sécurité, stabilisation et protection des civils, l’appui au dialogue politique national et à la réconciliation nationale, ainsi qu’à l’appui au rétablissement de l’autorité de l’État dans tout le pays, à la reconstruction du secteur de la sécurité malien, à la promotion et la protection des droits de l’homme, et à l’aide humanitaire".

[3PAM : Programme alimentaire mondial.
Le PAM se considère comme étant "la plus grande agence humanitaire pour la lutte contre la faim dans le monde » ; il fait partie du système des Nations Unies, mais entièrement financé par des contributions volontaires. Créé en 1961, le PAM agit aux côtés de d’agences onusiennes partenaires basées à Rome qui sont l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) et le Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA), mais aussi des gouvernements et d’ONGs partenaires.

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2 Messages

  • Cette femme s’inscrit dans la lignée des combattantes à l’image des rebelles amazighes qui ont combattues en leur temps les impérialistes passés ou présents. Elle doit jouer un rôle prépondérant. Quant à la France impérialiste il ne faut pas compter sur elle pour donner la liberté à ses colonisés qui malgré la pseudo décolonisation elle a toujours sa puissance nuisible à travers ses présidents fantoches à sa solde. La Françafrique c’est une réalité qui dure ,elle n’est pas prête de s’arrêter de si tôt.. La France a elle seule, c’est une malédiction africaine..

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  • "Nous allons gagner ce combat pour notre liberté et notre dignité" 11 avril 2015 16:26, par renaissance amazighokabyle

    Le pouvoir arabomusulman d alger,qui a usurpé le pouvoir depuis 1962, est l’ennemi déclaré des imazighénes.
    Boukharouba mohamed le mutant arabomusulman mû par une haine viscérale de soi ,de son amazighité,et des kabyles abane,amirouche et krim ..,a crée un mouvement fantôche,entretenu ,à ce jour par le trésor algérien,le polisario ,juste pour faire dans le négatioonisme colonial arabe en affublant le territoire du SAHARA OCCIDENTALE de territoire arabe !!

    Comment un territoire qui se trouve à l’extrême ouest occidental donc,se retrouve t il territoire oriental appelé arabe,alors que la situation géographique de l’arabie est en asie mineure et moyenorientale !!

    Le même déni identitaire se retrouve dans la position du pouvoir illégitime algeroarabomusulman d alger lorsqu il fait passer le territoire amazigh de l’azawed pour un territoire de l’afrique noire malienne.

    Les arabomsulmans au pouvoir à alger continuent ,conformément à leur vocation d ennemis de tout peuple qui se revendique amazigh et non arabe , mozabites,kabyles,terguis et chawis leur travail de sape ,de répression et de hogra !

    L’araboislamisme qui s ’est implanté sur les terres amazighs de TAMAZGHA ne vit et ne se maintient que par ce joug colonial arabe ,qui n’a que trop enduré ,avec lequel il tient tout peuple amazigh qui lutte pour son identité afin de se libérer de l’imposture colonial "monde dit arabe" !

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